Journal Indépendant et Militant
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Numéro 20 - Révoltes arabes

Editorial
Révoltes arabes / La lutte et les dangers
lundi, 13 juin 2011
/ Snoepje

Patient infiniment, dans un pays où tous vivent sur les braises de la colère... Ainsi s’exprime Mahmoud Darwich dans son poème dédié à la lutte du peuple palestinien. Aujourd’hui, l’incendie révolutionnaire a gagné les peuples arabes. Une spirale contagieuse, qui emporte, après la Tunisie et l’Egypte, la Libye, la Syrie, Bahrein et le Yémen [1]. Car c’est ainsi : qui sème la misère récolte la colère. Les régimes dictatoriaux s’en sont rappelés à leurs dépens.

L’Occident, le capitalisme et la révolution

Mais c’est l’étonnement qui a prévalu en Occident. Des régimes autoritaires, policiers, prêts à réprimer les moindres soubresauts d’une population paupérisée, des économies libéralisées à outrance, dépendantes des touristes du nord, des sociétés minées par le spectre du conservatisme religieux : telle était l’image de la « rue arabe ». Pendant ce temps, les régimes occidentaux impérialistes croisaient les doigts : « Tant que les grandes sociétés multinationales pouvaient continuer à réaliser des affaires juteuses dans le cadre de la libéralisation progressive des économies arabes en cours depuis trois décennies, et tant que les gouvernants locaux et leurs affidés pouvaient continuer à amasser des fortunes géantes profitant aux industries du luxe en Europe ou ailleurs, ainsi qu’au marché foncier dans les grandes capitales, de quoi pouvait-on se plaindre ? » [2]

En manque de perspective historique et sociale, la presse occidentale s’est empressée de donner à ces mouvements populaires une touche de modernité. La mobilisation de la jeunesse est appelée la « révolution facebook ». Les revendications économiques sont passées à la trappe [3].
Dans leur article sur les révolutions arabes, Nidal et Ounsi nous expliquent en partie la structure de ces mouvements populaires. Car, à côté des énormes difficultés quotidiennes d’une jeunesse largement majoritaire et de plus en plus éduquée, la responsabilité du système économique et, plus largement, des mainmises occidentales dans la gestion économique et dans le soutien intéressé porté aux régimes en place sont des éléments fondamentaux de la compréhension de ces révolutions en construction. Enfin, pour les auteurs, "le rôle de la crise économique a largement été sous-estimé" [4], touchant de plein fouet des travailleurs en partie dépendants d’un marché de l’emploi jadis prospère à l’étranger.

Tunis, 14 février 2011

Comment, dès lors, croire que ces révolutions sont vues avec bienveillance dans les capitales occidentales ? Non, les États-unis n’ont pas donné leur bénédiction aux peuples en lutte. "Le premier danger qui guette ces débuts de révolution, est celui du désir, fortement exprimé par les États-Unis et l’Europe, d’’accompagner’ les réformes démocratiques qui s’esquissent. Entendre : se gagner une clientèle nouvelle à coups de dollars et d’euros." [5]
Selma Benkhelifa et Aly Sassi décodent pour nous les actions en coulisses : derrière les images qui tournaient en boucle sur les réseaux sociaux, une organisation implacable prenait place en Tunisie, avec les caciques du régime déchu. Aujourd’hui, la contre-révolution s’organise : "Sur le plan sécuritaire, les répressions violentes des manifestations pacifiques ont repris de plus belle et ont démontré le vrai-nouveau-vieux visage du système en place encore à Tunis" [6]. Ce n’est pas pour déplaire aux alliés d’hier, qui retrouvent et soutiennent de vieilles connaissances aux postes-clés.

L’ingérence : les avantages sans les "inconvénients"

Mais l’Occident capitaliste dispose d’une gamme étendue d’outils d’ingérence. D’autres peuples arabes en ont subi les conséquences. Il y en a qui sont létaux à très brève échéance, tout en laissant des traces indélébiles pendant des générations. Les Irakiens attendront encore avant de connaître l’étendue des crimes occidentaux commis sur leur territoire [7].

Telle l’intervention militaire de l’OTAN en Libye. Décidée avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, pour protéger les populations civiles, elle cache manifestement bien des ambitions non avouées. "Qui croit d’ailleurs que des États, quels qu’ils soient, consacrent leurs ressources et leurs armées à l’accomplissement d’objectifs démocratiques ?" [8]. Elle risque surtout de plonger le pays et la région dans un cycle de violence qui pourrait rappeler la guerre civile au Liban. Une guerre qui méconnait les conflits sociaux locaux et l’histoire des populations libyennes. La question mérite un article en soi, mais le JIM a choisi de parler aussi des milliers de réfugiés qui fuient ce scénario de la mort. Deux articles de La Cimade rendent compte des conséquences dramatiques des conflits dans le Maghreb. Et pointent, encore, la responsabilité des pays occidentaux qui n’aident pas à l’accueil des populations libyennes en fuite, et qui refoulent les réfugiés tunisiens cherchant protection aux portes de l’Europe...

Alain Gresh, lui, attire notre attention sur la solidarité exemplaire des Tunisiens, accueillant les populations libyennes qui passent la frontière en recherche de protection. "Les réfugiés vivent au Sud et c’est le Nord qui a peur. L’Union européenne a installé à ses frontières un dispositif de mort, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les déclarations indignées sur les violations des droits humains", écrit-il.
L’honneur de la Tunisie, c’est aussi l’honneur de tous les pays arabes jusqu’à maintenant muselés, celui de tous les peuples en lutte de par le monde, un honneur qui est à défendre, parce que le chemin est long.

Alors, Inscris ! Je suis arabe.

Remerciements à Selma et Aly, Nidal et Ousni pour leurs analyses, et à la Cimade et Alain Gresh qui nous ont autorisés à reproduire leurs textes.

Snoepje pour l’équipe du JIM.

[1Loin de nous de mettre tous les soulèvements populaires dans les pays arabes dans le même sac : chaque région hérite d’une histoire propre, longue et riche de luttes mais aussi de répressions. L’oppression ottomane, la colonisation, la libération et les mouvements de gauche, la contre révolution et la dictature... Aussi, nous invitons le lecteur, armé de son esprit critique, à débusquer la propagande capitaliste derrière les informations délivrées sans aucune vérification possible dans les médias. Le cas de la Syrie ou celui de la Libye, et la répression qui y sévit, fournissent à ce propos des exemples frappants : connaître l’histoire et les rapports de force présents y est, comme toujours, indispensable pour comprendre.

[2Georges Corm, L’unité arabe retrouvée, Le Monde diplomatique, Avril 2011

[3Il est instructif de lire à cet égard le rapport mondial de la répression des syndicalistes publié par la Confédération syndicale internationale : la traque subie par les travailleurs organisés, elle, n’a pas faibli

[4Nidal et Ounsi, Les révolutions arabes, Le JIM, mai-juin 2011

[5Georges Corm, ibid.

[6Selma Benkhelifa et Aly Sassi, Tunisie : la révolution face à ses démons., Le JIM, mai-juin 2011

[7Voir, tout récemment, les enquêtes parues à propos de l’utilisation d’armes contenant des éléments radioactifs sur des zones peuplées pendant les guerres en Irak

[8Serge Halimi, Les pièges d’une guerre, Le Monde diplomatique, Avril 2011

 


 

Inscris ! Je suis Arabe
mercredi, 18 mai 2011
/ JIM

Ce mois-ci le JIM a décidé de revenir sur ce que l’on appelle déjà le "printemps arabe".

Cette succession de révoltes populaires, partie de Tunisie pour s’étendre à l’ensemble du monde arabe et même au-delà, nous montre que les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité sont bien plus vivants de l’autre côté de la Méditerranée que dans une Europe où ces mots ont peu à peu perdu leur sens.

Ainsi, les gouvernements occidentaux ont-ils soutenu jusqu’au bout nombre de dictateurs, et soutiennent encore aujourd’hui les potentats du Golfe et du Maghreb. Qu’importent la répression, la terreur, et l’accaparement de l’économie par une clique proche du pouvoir, pour autant qu’ils remplissent le rôle que l’on attendait d’eux : maintenir aux portes de la "forteresse Europe" les candidats à une vie meilleure.

Mais une fois encore, les populations se sont invitées au bal des puissants et ont bousculé un ordre dans lequel elles ne trouvaient pas leur compte. Bien sûr elles luttent encore en bien des endroits et bien sûr les acquis restent fragiles ; mais d’ores et déjà, ces populations arabes, que l’on disait incapables de comprendre les "valeurs occidentales", ont goûté à la liberté de parole, rêvent de mettre fin aux inégalités et ont fait la preuve de leur immense solidarité au moment même où l’Europe s’enfonce toujours plus dans la peur de l’autre et le repli sur elle-même...

Alors, aujourd’hui : "Inscris ! Je suis Arabe." [1]

Le JIM

[1Première phrase d’un très célèbre poème de Mahmoud Darwich.

 


 

Les révolutions arabes
dimanche, 22 mai 2011
/ Nidal

"Même en rêve, je n’aurais pu imaginer cette révolution" Sonallah Ibrahim, écrivain.

On ne peut commencer un texte sur les révolutions arabes sans dire aux populations qui se révoltent l’admiration qu’elles suscitent. Elles ont montré une détermination, une conscience, une culture politique et un sens de l’organisation hors pair pour mener leurs révolutions de cette manière, qu’elles aient réussi ou soient encore en cours.

Combien de protestations ont eu lieu ces dernières années dans le monde arabe et qui ont fini réprimées dans le sang ? Combien de personnes se sont suicidées ou même immolées par le feu sans que personne ne les remarque ? Il faut également mentionner ici la révolution iranienne (même si ce n’est pas le monde arabe) avec la différence qu’en Iran, la révolte cible une dictature théologique, alors que les révolutions arabes ciblent des dictatures se proclamant laïques. Le soulèvement récent en Iran a été réprimé de la manière la plus cruelle, et ses participants se font encore condamner et exécuter sans réactions, alors que le régime iranien, summum de l’hypocrisie, crie son soutien aux révolutions populaires en Tunisie et en Égypte. Combien d’espoirs brisés avant que le déclic n’arrive ?

Les raisons du succès

On parle de révolutions arabes au pluriel à juste titre, il y en a en effet plusieurs, chaque pays étant différent, même si des similitudes existent. Un certain nombre d’éléments ont été dits et répétés à propos des révolutions tunisienne et égyptienne : la jeunesse, la génération des médias sociaux et le basculement de l’armée qui a accéléré la chute du régime.

Le rôle prépondérant de la jeunesse

Nous pouvons ici établir un premier constat : ces révolutions sont généralement des révolutions de jeunes, la génération plus âgée ayant été brisée et ayant perdu l’espoir. Cette jeunesse d’abord est très nombreuse dans le monde arabe, la balance démographique penchant en sa faveur. En Egypte par exemple, l’âge médian se situe autour de 24 ans et un tiers des individus ont moins de 15 ans [1]. En Tunisie les moins de 14 ans représentent 23% de la population [2].

Cette jeunesse est aussi instruite et en relation avec le monde, soit parce qu’elle a voyagé, soit parce qu’elle suit l’actualité à travers les médias classiques, la télé, internet et les médias sociaux. De ce point de vue, les médias sociaux ont plus joué un rôle pour ouvrir les yeux de la jeunesse sur son droit de vivre en liberté et en dignité, que dans l’organisation même de la protestation. Il ne faut pas oublier que Facebook, par exemple, n’a pas une vocation militante, en témoigne par exemple le retrait par Facebook d’un groupe rejoint par près de 500 000 personne et appelant à une 3ème Intifada en Palestine [3].

Il paraît que c’est plutôt la télévision qui joue le rôle principal dans la galvanisation et l’information entre manifestants. Les protestations et menaces enflammées du Président du Yémen, Saleh, à l’égard du Qatar, pays qui héberge la chaîne Al Jazeera en sont un flagrant exemple.

Il faut pourtant noter que la contestation n’était pas radicale au départ. Les cris pour faire tomber les régimes ne se sont levés que plus tard, après que la répression sauvage ait fait tomber les masques de ces dictatures et poussé les gens à se radicaliser et surtout à demander justice pour les victimes, en désignant le régime en entier comme responsable. L’incapacité de ces dictatures à réagir face à la contestation et à la gérer quand elle était encore gérable, les a précipitées vers leurs fins.

Le contexte économique

Le rôle de la crise économique a largement été sous-estimé, et ça n’a rien d’une coïncidence. Le fait est que la crise économique a touché les pays arabes par ricochet. En effet, beaucoup de jeunes arabes travaillaient dans les pays du Golfe. Ces derniers ayant subi la crise de plein fouet, cela a provoqué un retour massif. La concurrence sur les marchés du travail nationaux est donc devenue plus rude, et la hausse des prix des denrées alimentaires a encore durci la situation et augmenté le désespoir. Il faut ajouter qu’à l’exception du Bahreïn, les pays dans lesquels se passent les révolutions aujourd’hui sont des ex-pays socialistes convertis au capitalisme, la privatisation réduisant les emplois disponibles et l’état ne jouant plus son rôle protecteur.

Tous ces facteurs de mécontentement imputables au capitalisme ont été peu ou pas relayés dans la presse, contribuant à disculper le système capitaliste et rejetant tout sur l’aspect dictatorial des régimes en place.

Les accords du libre-échange

L’Europe a poussé ces pays à baisser leurs barrières douanières, menaçant ainsi leur économies locales, et à privatiser leurs entreprises publiques, accentuant le phénomène décrit plus haut. Ceci s’est fait avec les accords Euromed, prolongés ensuite par l’Union pour la Méditerranée, transformant les pays méditerranéens non européens en gardes frontières de l’Europe et en marché pour ses produits, pratiquement sans contre partie. Les dictatures s’accaparaient les entreprises publiques et s’enrichissaient scandaleusement, au vu et au su de tout le monde, alors que la situation des citoyens ne cessait de s’empirer, ce qui a renforcé la conviction des citoyens que leurs régimes les exploitaient. En témoignent les attaques commises durant les soulèvements contre les entreprises et avoirs des présidents et de leurs proches.

Victoires en Égypte et en Tunisie, difficultés en Libye, au Yémen et en Syrie ?

L’Égypte et la Tunisie étaient deux dictatures qui se maintenaient grâce au soutien occidental. À partir du moment où l’occident n’a plus pu fermer les yeux sur la répression, cela a fait vaciller les régimes et changer de camp l’armée.

Ceci n’est le cas ni au Yémen, ni en Syrie, ni en Libye, et ce n’était pas le cas en Iran. Ces pays n’ont rien à faire de ce que pense d’eux l’occident et peuvent se permettre de pousser la répression aussi loin qu’il le faut, pour mater toute contestation.

L’engagement militaire de l’Europe contre la Libye et toute la controverse qu’il a suscitée, ainsi que les limites dans lesquelles cette intervention s’est confinée, ne permettra ni de gagner la guerre en Libye, ni de dissuader les autres dictateurs de recourir à la répression.

Mais qu’est-ce qui explique l’engouement européen, et surtout français, à s’engager dans une opération militaire contre la Libye ? Outre de tirer la leçon d’un revirement trop tardif en faveur de la révolution en Égypte et en Tunisie, l’Europe a certainement des comptes à régler avec Khaddafi, probablement moins pour l’attentat de Lockerbie que pour son soutien aux projets d’indépendance et de souveraineté africaines, l’Union Africaine, concurrent du projet Sarkoziste d’Union pour la Méditerranée [4].

Le régime libyen a habilement exploité en sa faveur plusieurs points :

A cela s’ajoute que l’opposition libyenne, pas toujours recommandable d’ailleurs (citons parmi d’autres Mustapha Mohamad Abdeljalil, secrétaire du conseil national libyen, qui n’est autre que l’ex-ministre de justice libyen, le même qui a condamné à mort les infirmières bulgares et le médecin palestinien dans le simulacre de procès dans l’affaire du sang contaminé), a pris le chemin des armes très (trop) tôt, transformant ainsi la révolution pacifique en guerre civile, où le régime a pu déployer toute sa force destructrice.

Au Bahreïn, la révolution a pris une couleur confessionnelle, où l’Iran a soutenu la révolution présumant qu’elle est chiite contre un régime sunnites, et les pays du golfe arabe sunnite sont intervenus pour aider le gouvernement du Bahreïn à écraser la révolution, entre autre pour barrer la route aux plans Iraniens. L’occident, allié des monarchies du golfe, laisse faire dans le même objectif. Il n’en est plus fait mention dans la presse mais la répression continue au Bahreïn et l’arrestation des opposants va bon train.

En Syrie, le régime a vite maîtrisé la diffusion de l’information. L’absence de presse internationale et d’Al Jazeera en particulier (sa correspondante a été arrêtée à l’aéroport, dès sa descente de l’avion) prive les manifestants d’un précieux moyen de communiquer à la fois vers l’étranger et entre eux. Les informations filmées par les téléphones portables et diffusées au compte-goutte sur internet n’offrent en effet pas un relais suffisant.

Du coté de l’armée, seule la tête est clairement pour le régime, ce n’est pas forcement le cas de la base, issue des villes où la révolte a germé. Mais elle n’a pas basculé du coté des manifestants, d’abord par manque de soutiens extérieurs, qui auraient pu la rassurer sur l’issue d’une action éventuelle qu’elle enclencherait contre le régime, ensuite parce que le régime utilise plutôt les forces spéciales, qui sont une vraie armée dans l’armée, créée pour le défendre.

En comparaison avec ce qui se passe en Libye, l’absence de consensus occidental pour faire tomber le régime syrien interpelle. Hilary Clinton a affirmé que les Etats-Unis n’interviendraient pas militairement en Syrie, et l’Europe confesse que les sanctions qu’elle envisage contre certains dirigeants syriens n’ont qu’une valeur symbolique ; très probablement à cause du plaidoyer israélien craignant une instabilité sur sa frontière nord alors qu’avec le régime syrien actuel, cette frontière est restée calme depuis 1973.

Où vont ces révolutions ?

Continuerons-nous à assister à la réussite d’autres révolutions ? En tout cas pas aussi « facilement », et pas qu’avec des manifestations.

Car parmi les pays gagnés par les manifestations, il n’y a que le Maroc qui est sensible à son image en occident, ce qui limiterait sa capacité de répression. Mais là, les manifestants ne demandent souvent pas la fin du régime, mais plutôt des réformes, toujours sous la coupe de la monarchie, jugée plus démocratique que le gouvernement et le Makhzan (la nomenklatura), donc la fin du régime n’y est pas à l’ordre du jour.

En Libye, c’est par les armes que le sort de cette guerre va être décidé.

Au Yémen, la contestation ne fait ni chaud ni froid au président Saleh et elle pourrait durer le temps qu’il faut, jusqu’à ce qu’il trouve un moyen de quitter le pouvoir sans être jugé. D’ailleurs, fait étonnant dans ce pays où le port d’arme est une tradition et une fierté et où chaque maison est un arsenal, les manifestations sont restées pacifiques malgré la répression sanglante. Une maturité politique qui forge le respect.

En Syrie, la limite du régime ne sera pas imposée ni par les manifestants, ni par les occidentaux, mais par la tolérance des pays frontaliers au nombre des victimes de la répression. La Turquie, pays qui a tourné sa politique étrangère vers un rôle de leadership régional parmi les pays musulmans du Moyen Orient et d’Asie Centrale, a déjà exprimé son mécontentement, ainsi que des pays comme l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, intéressés par rompre définitivement le lien qui unit la Syrie et l’Iran, pays qu’ils voient comme une menace à l’intérieur de leurs frontières, depuis la révolution au Bahreïn.

Mais là où la révolution réussit à renverser les dictateurs, contrairement à ce qui pouvait se craindre à leur début, ces révolutions ne sont pas islamistes. Les islamistes d’ailleurs ne se sont engagés dans ces révolutions qu’avec un certain retard, et quand ils le faisaient, c’était pour réclamer des régimes démocratiques, du moins pour apaiser les craintes à leur égard. Ceci continue à être le cas et il y a peu de risque que ces mouvements ne poussent pour dominer les gouvernements à venir, du moins pas lors des premières législatures, trop risquées, où le peuple doit faire son apprentissage et où le risque d’échec est plus grand que la probabilité de réussite. Cela leur laisse le beau rôle du sauveur lors des législatures suivantes.

Sur un autre plan, malgré la participation massive des femmes dans les manifestations dans tous les pays, peu ou pas de revendications proprement féministes pendant les révolutions ne se sont fait entendre. Après la réussite de la révolution tunisienne, les femmes ont manifesté pour conserver leur droits mais le combat paraît difficile. En Égypte, les femmes ont été exclues du conseil de la révolution. De plus, la manifestation des femmes pour la Journée Internationale des Femmes a été réprimée, des femmes ont été interrogées et emprisonnées et certaines soumises à un test de virginité [5]. L’amalgame paraît se faire entre les revendications féministes et les anciens régimes qui se disaient féministes. Par conséquent, la révolution des femmes arabes reste encore à faire.

Entretemps, on ne peut qu’admirer la conscience politique et la vigilance des tunisiens et des égyptiens, toujours mobilisés pour qu’on ne leur vole pas leurs révolutions.

Nidal avec l’aide d’Ounsi

10/05/2011

[4Lire entre autres ces articles parus dans SlateAfrique : Cinq raisons de ne pas hurler avec les anti-Kadhafi et Que sont mes idoles devenues ?. NDLR : il est, à l’heure actuelle, difficile de trouver un ensemble de raisons expliquant l’intervention militaire en Libye, en particulier l’attitude de la France

 


 

Réfugiés, l’honneur de la Tunisie
vendredi, 27 mai 2011
/ Alain Gresh

[Article initialement paru sur le blog d’Alain Gresh, Nouvelles d’Orient, le 29 avril 2011]

Ils sont 30 000 Libyens à avoir fui les troubles, la pauvreté, l’incertitude. Ils se sont réfugiés en Tunisie. Ils n’ont pas été accueillis par les imprécations de Claude Guéant, les rafles policières, le racisme des dirigeants italiens. Si 2 500 d’entre eux vivent dans des camps de tentes, la grande majorité se sont installés dans des maisons, avec des familles, dans des villages – la région où ils sont hébergés ne compte que 150 000 habitants.

Le journaliste Scott Sayare, du New York Times (29 avril), rend compte, depuis la ville de Tataouine, de l’extraordinaire solidarité des Tunisiens (« Thousands Fleeing Qaddafi Bask in Tunisia’s Hospitality »). Il reprend les déclarations de Firal Kayas, porte-parole du Haut comité aux réfugiés des Nations unies, affirmant qu’il n’a jamais rien vu d’équivalent et que cette générosité des Tunisiens est d’autant plus remarquable que le pays vient de vivre une révolution.

Le journaliste raconte comment une famille a accueilli dix réfugiés libyens, les a installés dans les pièces qu’elle habitait et s’est contentée de la partie de la maison qui n’était pas encore terminée. Comme l’explique le maire de Tataouine, « la générosité et la fraternité ont pris le pas sur toute autre considération ». Pour M. Guéant, la fraternité est un simple mot creux inscrit sur les frontons de la République.

Bien sûr, explique le journaliste, des tensions existent. Mais les autorités ne les attisent pas et essaient de trouver des solutions concrètes.

A l’heure où l’Union européenne pousse à l’unisson de grands cris à l’idée d’accueillir quelques milliers de réfugiés, il faut souligner également que la Syrie et la Jordanie ont accueilli, sans bruit, 1,5 à 2 millions de réfugiés irakiens après l’invasion américaine de 2003 (lire Theodor Gustavsberg, « Silencieux exil des Irakiens en Syrie », Le Monde diplomatique, septembre 2008.)

Rappelons avec force : les réfugiés vivent au Sud et c’est le Nord qui a peur. L’Union européenne a installé à ses frontières un dispositif de mort (« Mourir aux portes de l’Europe »), ce qui ne l’empêche pas de multiplier les déclarations indignées sur les violations des droits humains.

Alain Gresh

 


 

A la frontière tuniso-libyenne, des milliers de migrants attendent un avenir…
vendredi, 3 juin 2011
/ La Cimade

[Article initialement paru sur le site de La Cimade [1]]

**Une mission d’observation à la frontière tuniso-libyenne

Fin mars, des membres de La Cimade et de l’association marocaine Gadem (groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants) se sont rendus à la frontière tunisio-libyenne pour évaluer la situation des personnes déplacées de Libye vers la Tunisie et mesurer l’impact des pressions exercées par l’Italie et l’Union européenne sur une Tunisie en pleine transition démocratique. La mission avait également pour but de relayer les aspirations de la société civile tunisienne, notamment en ce qui concerne sa relation avec les pays européens.

**Dans les camps, une situation précaire qui ne peut pas perdurer

La mission s’est rendue à Tunis, Ben Guerdane et Ras Jedir à la frontière Tunisie-Libye. Alors que l’économie liée aux échanges avec la Libye est quasiment paralysée, et que la situation politique reste précaire, les Tunisiens ont organisé de manière exemplaire l’accueil de plus de 200 000 migrants fuyant la Libye. Cependant aujourd’hui, si la plupart d’entre eux ont pu être évacués vers leur pays d’origine grâce aux efforts de l’OIM appuyé par les Etats européens, des milliers de personnes restent coincées dans les camps à la frontière. Près de 8000 migrants de 33 nationalités différentes attendent ainsi de quitter le camp de la Choucha, dont un tiers n’a pas de possibilité de retour dans son pays d’origine comme les personnes provenant du Darfour, de l’Erythrée, de Somalie ou de Côte d’Ivoire. Dans ce camp, qui a vocation à être un camp de transit et où les migrants se regroupent par nationalité, la situation est très précaire, parfois chaotique. Des tensions surgissent.

**L’Union européenne doit mettre en place une politique d’accueil

Une solution évidente peut pourtant être proposée pour assurer le besoin de protection de ces personnes. Les regards se tournent vers l’Union européenne, qui devrait se montrer solidaire et accueillir ces quelques milliers de réfugiés sans pays où rentrer.

Au lieu de cela, l’Union européenne ne s’accorde que sur une chose : le refus d’accueillir décemment les quelques 22 000 ressortissants tunisiens arrivés sur l’île de Lampedusa. Le gouvernement italien a d’abord menacé la Tunisie de retour forcé, avant de leur délivrer des titres de séjour temporaires. La question du retour forcé des migrants pose de graves conséquences en termes politiques et économiques pour la nouvelle démocratie qui refuse de continuer à jouer le rôle de gendarme de l’Union européenne. Malgré l’échec avéré de sa politique d’immigration construite sur une approche sécuritaire et répressive, l’Union européenne cherche à obtenir de la Tunisie démocratique les mêmes engagements que ceux qui prévalaient du temps de la dictature. On sait le coût de cette politique en termes de vies humaines, car en fermant l’accès légal au territoire européen l’UE pousse les migrants à prendre des voies de passage clandestines toujours plus dangereuses.

Suite aux révolutions tunisiennes et égyptiennes, La Cimade appelle à miser sur l’avenir, à définir une autre politique d’immigration qui ne soit pas répressive ni militarisée, et à faire de la Méditerranée un espace de libre circulation, d’échanges et de développement.

Téléchargez le dossier de presse de La Cimade sur la mission

Pour une solidarité avec les migrants tunisiens

[Article initialement paru sur le site de La Cimade [2] ]

Des missions d’observations réalisées par l’Anafé (dont La Cimade est membre) et le Gisti, ont permis de dresser un état des lieux des pratiques préfectorales et policières à l’égard des migrants tunisiens arrivés en France avec un titre de séjour de trois mois délivré par l’Italie.

**Des contrôles frontaliers illégaux

Il est ainsi aujourd’hui possible d’affirmer qu’il existe une véritable chasse aux Tunisiens.
Dans les gares françaises voisines de l’Italie, la police aux frontières, la police ferroviaire, la police nationale et la gendarmerie sont mobilisées pour renforcer les contrôles d’identité, contrôles clairement discriminatoires, arbitraires et quasi-systématiques.

Les conditions exigées lors de ces contrôles (avoir des ressources, avoir une adresse de destination, voire détenir un billet de retour !) sont très proches de celles demandées aux frontières externes de l’espace Schengen. Or le code des frontières Schengen interdit de telles pratiques.
Pour contourner cette règle, la France et l’Italie sont alors allées jusqu’à demander la modification des conditions de suspension de Schengen, tout en continuant de contrôler massivement à leur frontières intérieures.
Il est vrai que déjà condamnée par la cour de Justice de l’Union européenne (arrêt du 22 juin 2010), la France continue régulièrement de réaliser des contrôles massifs et ciblés à ses frontières intérieures .

La suspension de Schengen rendra donc légales des pratiques illégales et pourtant déjà tellement communes.

**Des procédures de réadmission ou d’expulsion stéréotypées et collectivisées

De plus, les contrôles se multiplient aussi sur le territoire français, dans les gares ou les autobus (maintenant dans les jardins publics). Seuls bien sûr, les hommes au « type » maghrébin sont contrôlés.

La préfecture des Alpes Maritimes a ainsi pris une note interne ciblant explicitement les Tunisiens. Il s’agit de les arrêter et de leur notifier une décision de renvoi vers l’Italie, pays d’où ils viennent, en évitant la garde à vue et le contrôle du parquet. Cette défiance marquée à l’égard du parquet est compréhensible lorsque l’on voit les procédures irrégulières, collectivisées et stéréotypées mises en œuvre par cette préfecture. Les Tunisiens se retrouvent enfermés en centre de rétention alors qu’ils disposent d’un titre de séjour et de ressources suffisantes.

On estime qu’un tiers des Tunisiens sont alors réadmis par l’Italie. Aux autres, est notifié un arrêté de reconduite à la frontière. Pourtant ces personnes ne sont pas en situation irrégulière, elles disposent du fameux titre de séjour italien ! En les interpellant sur le seul délit de faciès et en leur notifiant une mesure d’éloignement contestable, l’administration française bafoue leurs droits les plus fondamentaux.

Que les préfectures mettent en œuvre de telles procédures, en évitant le contrôle du parquet ou du juge, nous fait craindre le pire. Combien de migrants tunisiens vont être privés de liberté sans raison aucune ? Et pourquoi ? Alors que les forces de police sont mobilisées, que les centres de rétention du sud tournent à plein, les Tunisiens réadmis en Italie repassent la frontière peu de temps après et ceux qui ont été libérés restent en France.

S’agit-il d’alimenter la peur d’une invasion factice ? De faire croire, à force de gesticulation, à des fins politiques, que les migrants tunisiens représentent une quelconque menace ?

**Refusons cette peur de l’invasion…

Rappelons encore une fois que depuis février, seuls un peu plus de 20 000 Tunisiens ont débarqués à Lampedusa, soit 0.2% de la population tunisienne (qui compte 200 000 diplômés chômeurs, les prévisions sont de 700 000 en juin). Que représentent 20 000 Tunisiens sur les 400 millions d’habitants de l’Europe ?

Lors de nos missions d’observation, comme dans les centres de rétention où La Cimade intervient, nous en avons rencontré beaucoup : beaucoup d’hommes jeunes venus essayer leur liberté fraîchement conquise pour rendre visite à leurs proches, travailler quelques temps avant de repartir en Tunisie, visiter la France…

Aujourd’hui, ils essayent de survivre dans des jardins publics, acculés, interpellés, privés de liberté pendant quelques jours, coincés dans des imbroglios juridiques incompréhensibles…
Face à cette situation, la réponse doit être aujourd’hui politique : il s’agit pour l’Europe et pour la France d’accueillir dignement une poignée de migrants venus célébrer leur liberté, celle là même que nous avions salué.

Alors que la Tunisie, en pleine transition politique, a de son côté accueilli admirablement quelques 250 000 personnes fuyant la Libye, alors que des milliers d’entre eux attendent encore dans les camps montés à la hâte, l’empressement de l’Europe à fermer ses frontières et à refuser la liberté de circulation à des hommes qui viennent de se battre pour la récupérer fait terriblement triste impression.

La Cimade répète qu’il faut aujourd’hui construire une véritable solidarité européenne pour l’accueil des Tunisiens et non une « solidarité policière ». La libre circulation, avec possibilité de faire des allers-retours est la première réponse que l’Union européenne doit apporter à la Tunisie en soutien de sa transition démocratique. Elle doit également au minimum à ces peuples qui se sont battus pour la démocratie, le respect des règles du droit et de la justice.

Communiqué de presse de La Cimade du 29 avril 2011

 


 

Tunisie : la révolution face à ses démons.
jeudi, 9 juin 2011
/ Selma Ben Khalifa , / Aly Sassi

La révolution tunisienne a été célébrée dans les médias occidentaux comme la Révolution des réseaux sociaux. Elle serait venue couronner les efforts de milliers d’internautes revendiquant la « démocratie ». Les gouvernements occidentaux, détenteurs du brevet et spécialistes reconnus en la matière, les ont compris, ont applaudi des deux mains, crié « vive la révolution de jasmin », oublié leur complicité passée avec Ben Ali et son régime et refoulé, sans vergogne ni ménagement, les immigrants tunisiens qui arrivaient sur leurs contrées.

Depuis le 14 janvier, date du départ précipité de Zine en Abedine Ben Ali, il est certain que de grands progrès sur le terrain des libertés d’expression, d’organisation, de réunion et de manifestation ont été enregistrés en Tunisie. Mais ce qui est encore plus certain est que la révolution demeure inachevée et que de grands périls la menacent, d’autant plus qu’aucune des revendications politiques, économiques et sociales n’a été rencontrée.

Pour comprendre l’actualité de la scène politique tunisienne aujourd’hui, quelques éclaircissements s’imposent.

Le « lâchage » de Ben Ali
(comment le dictateur est parti et comment la dictature est restée sur place).

Un dictateur n’est que la figure de proue d’un système dictatorial, sa partie visible et émergente. Par définition, une dictature dissémine son pouvoir tentaculaire à travers un réseau diffus de "sous-dictateurs", connus ou pas. Certes, Ben Ali et une partie de sa clique mafieuse ont pris la fuite le 14 janvier dernier, mais les agents du système dictatorial et corrompu sont restés sur place. L’ancien régime est toujours bien représenté au sommet de l’Etat, en la personne de Fouad Mbazâa, président de la république par intérim, et anciennement Président de l’Assemblée du parlement sous Ben Ali. Ce continuum du régime oppresseur, sous prétexte de « sauvegarder la révolution et réaliser ses objectifs », s’évertue par tous les moyens à la faire avorter et à la réduire à un simple toilettage du système.

Le départ-fuite de Ben Ali était, en partie, le résultat de la pression populaire et de la situation qui devenait de plus en plus critique pour le régime. Washington préparait déjà l’après-Ben Ali. Trop contesté, Ben Ali, l’homme des Américains, devait être lâché, mais il n’était pas question de lâcher la Tunisie pour autant. Les Américains ont ainsi devancé tout le monde en proposant, ou plutôt en imposant, à Ben Ali un plan de secours [1] : visite d’Etat suivie d’une période de maladie (puisque sa maladie n’était un secret pour personne) qui se transformerait en une vacance provisoire du pouvoir et une passation des prérogatives au Premier ministre Mohammed Gannouchi. Cette stratégie était censée faire jouer le facteur temps pour calmer la rue (peut-être par l’annonce de l’arrestation de quelques gros bonnets de la mafia locale) et permettre à Ben Ali de revenir quand les choses se seraient tassées.

Pourtant, les évènements qui ont suivi le départ de Ben Ali, où les Tunisiens ont vu se succéder trois présidents en moins de 24h, ce qui n’est pas vraiment le style de la maison, sont probablement un plan préparé à l’avance. Ce plan B, supporté par les Américains, porte la signature de Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères et un des piliers du régime, et du Général de l’Armée de terre Rachid Ammar [2]. Deux grands personnages de l’Etat ayant la particularité d’être bien introduits à Washington.

A partir de là, le départ-fuite-destitution de Ben Ali n’est plus aussi surprenant qu’il ne paraissait la veille. L’opération d’évacuation organisée a facilité la négociation avec tous les autres cadors restés à Tunis : leurs têtes contre le « lâchage » de Ben Ali ! Au final, cette opération, fruit d’un deal négocié, allait permettre au régime de se réorganiser [3].

L’objectif du « lâchage » était triplement stratégique :

  1. Il s’agissait de tuer la révolte dans l’œuf et de prévenir toute « révolution » qui emporterait avec elle le système en place.
  2. Les anciens du régime avaient tout intérêt à se démarquer de Ben Ali pour pouvoir se maintenir en place.
  3. Les Etats-Unis et l’Europe avaient tout à gagner en soutenant une relève qui resterait bien disposée envers leurs intérêts (géopolitiques et économiques). L’élite politique post-Ben Ali avait, dès le départ, l’aval et le soutien des puissances étrangères et visait à maintenir une continuité institutionnelle et à préserver l’appareil de la dictature…sans le dictateur ! [4]

La révolution et la contre-révolution.

Fort de cette alliance stratégique (avec les Américains et les Européens), M. Gannouchi, fidèle serviteur de Ben Ali et ministre sous ses ordres pendant le règne de 23 ans, dont 11 ans en tant que son Premier, a pris les rênes du premier gouvernement d’intérim dès le 18 janvier. Pour cette mission, il s’est directement entouré des membres de l’opposition « légale » (déjà inféodée au système), de quelques « personnalités indépendantes » (entristes et intéressées) et de…15 des ex-ministres de Ben Ali principalement aux postes clés (intérieur, défense, affaires étrangères, justice). Le même type de gouvernement annoncé par Ben Ali le jour de sa fuite !

En mauvaise posture, et conscients du danger que représente pour eux la chute du système Ben Ali, dont ils font partie organiquement, les caciques du régime sont passés à l’offensive thermidorienne. Ainsi, les barons du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) [5], grâce à un « trésor de guerre » amassé par le parti unique, ont lancé un mouvement contre-insurrectionnel, en finançant en sous-main une petite armée composée de milliers de miliciens surentraînés et suréquipés [6]. L’objectif était de contrôler totalement la population en la soumettant par la peur, en lui désignant massivement des ennemis intérieurs à isoler et purger. Les organes de médias n’ont pas arrêté la désinformation et la propagande. La police a usé, comme à l’accoutumée, de la manipulation et des provocations, de la surveillance et du flicage [7]. Elle a également eu recours aux agressions, violences, tortures, assassinats et disparitions.

Centre Culturel Tunisien, Bruxelles, juin 2011

Il s’agissait de favoriser un climat de tension, de violences et de chaos ; de telle manière à pouvoir justifier la répression et de poser la légitimité du « nouveau » pouvoir en place comme le restaurateur de l’ordre public et son unique garant.

La stratégie est claire :

  1. faire peur à la population, par des opérations de terreur, pour rétablir l’ordre et mettre fin à toute contestation ;
  2. canaliser la colère populaire dans un cadre institutionnel en promettant une transition démocratique par l’organisation de nouvelles élections.

En résumé, l’action du régime visait un simple toilettage de la façade démocratique, en éliminant les aspects et les personnages les plus contestés de la dictature.

C’était sans compter avec les forces motrices du soulèvement. La réaction des restes du régime et sa « terreur institutionnelle » ont trouvé en face un large front populaire, principalement composé des populations jeunes provenant essentiellement des régions de l’intérieur, des mouvements politiques de gauche et nationaliste (tel que le front du 14 janvier) [8], les militants syndicalistes de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) (en dehors de leur direction exécutive alliée au pouvoir), le mouvement étudiant, etc. Toute cette dynamique a renforcé l’exigence populaire de démantèlement de l’appareil de la dictature. Cette exigence s’est illustrée à travers deux grands sit-in de la Kasbah (la place du Gouvernement à Tunis) [9], où les manifestants ont dénoncé clairement le piège contre-révolutionnaire et ont refusé de reconnaître la légitimité du pouvoir en place, n’étant que la continuité naturelle du pouvoir de Ben Ali.

Un premier, puis un second gouvernement d’intérim (Gannouchi I et II) tombèrent entre le 18 janvier et le 3 mars. L’exigence populaire d’une Assemblée Constituante a été rencontrée. Par contre, la demande principale de se débarrasser définitivement des restes de la dictature et de toutes les personnes ayant contribué à renforcer le pouvoir de Ben Ali, a été détournée une fois de plus ! Pourtant, cette revendication commençait à avoir un écho au niveau de l’opinion publique qui, peu à peu, devenait consciente du marché de dupes proposé par les caciques de l’ancien régime encore au pouvoir. Même au niveau politique, cette revendication commençait à se concrétiser par la mise en place du Conseil National pour la Protection de la Révolution [10], organe issu des forces populaires, démocratiques et révolutionnaires et qui se voulait contre-pouvoir.

Le détournement de la révolution : le coup d’Etat « invisible »

Profitant du chaos institutionnel ambiant, le président par intérim Fouad Mbazâa s’est octroyé, le 7 février 2011, les pleins pouvoirs, et cela grâce à la complicité du parlement « RCD-iste » de Ben Ali qui l’a autorisé à gouverner par décret-loi. Cette opération a été réalisée en détournant l’article 28 de la Constitution tunisienne qui ne justifiait pas juridiquement un tel recours. Ensuite, et sans consultations préalables avec les forces politiques et révolutionnaires, qui ont obtenu par la pression du sit-in de la Kasbah 2 la chute du 2ème gouvernement provisoire et la démission de M. Gannouchi de son poste de premier ministre, le président par intérim, toujours en poste, a décidé de bombarder à ce poste Béji Caïd Essebsi, un ancien ministre de Bourguiba et ancien président du parlement sous Ben Ali. Le choix de Caïd Essebsi n’est pas anodin.

Outre le fait que Mbazâa et Caïd Essebsi formaient déjà du temps de Bourguiba un tandem qui a tenu les manettes du ministère de l’intérieur, il y avait fort à parier que ce retour en force de l’ancienne garde bourguibiste allait servir la caste politicienne ayant survécu à Ben Ali. Sous prétexte de restituer le prestige de l’Etat, entendez l’ordre policier établi, Mbazâa et Caïed Essebsi se sont evertués à réaliser le coup d’état parfait. L’opération consistait à se servir de la Constitution, déjà caduque et illégitime, pour accéder au pouvoir et puis la suspendre juste après en prétextant justement qu’elle est caduque et illégitime ! Résultat : un coup d’Etat invisible !

Dès lors, le (vieux) couple Mbazâa-Caïd Essebsi s’est s’affranchi de façon inconstitutionnelle de tout contrôle démocratique, de toute forme de contre-pouvoir et de tout garde-fou. D’ailleurs, les actions et les manoeuvres gouvernementales qui ont suivi ont confirmé cette volonté de faire échouer le processus révolutionnaire. La première action de Caïd Essebsi fut de déclarer sa non reconnaissance du « conseil national pour la sauvegarde de la révolution », regroupant pourtant toutes les tendances démocratiques et révolutionnaires. Au lieu de cela, le nouveau premier ministre s’est arrogé le droit de désigner par cooptation une instance consultative qu’il a nommé « instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, pour la réforme politique et pour la transition démocratique ». Tout un programme.

Cette instance était chargée de préparer le processus électoral pour l’assemblée constituante. Pourtant lorsqu’elle a présenté au premier ministre les conclusions des travaux, ce dernier s’est permis d’aller à l’encontre des recommandations de ceux là-mêmes qu’il a lui-même nommé ! Caïed Essebsi a tout simplement pris ce risque pour permettre aux ex-Rcdistes de se présenter aux élections de la constituante. L’opération "la révolution lave plus blanc" a commencé !

Sur le plan sécuritaire, les répressions violentes des manifestations pacifiques ont repris de plus belle [11] et ont démontré le vrai-nouveau-vieux visage du système en place encore à Tunis. Le ministère de l’intérieur, bastille de la torture et de la répression depuis 50 ans (y compris du temps où Béji Caïd Essebsi était ministre de l’intérieur) est renforcé plus que jamais et sa police politique criminelle est toujours en place. Le 28 mars, et un mois après sa nomination, Ferhat Rajhi, alias « Mr propre » et nouveau ministre de l’intérieur est limogé. Certes, un peu novice mais volontariste, le ministre de l’intérieur a été remplacé par Habib Essid, un ancien de la maison et ancien ministre de Ben Ali connu pour ses services rendus pendant les années de plomb. Ce choix peut être – à juste titre - utilisé comme un indicateur de la volonté du gouvernement provisoire de Caïed Essebsi d’utiliser les mêmes techniques de la force répressive pour incriminer toute protestation politique et sociale et criminaliser les forces révolutionnaires. D’ailleurs, les nouvelles manifestations qui ont eu lieu dernièrement (5,6,7,8 mai), ont été violemment réprimées par la police (un jeune militant a été tué par balle). Le gouvernement provisoire de Caïed Essebsi vient de nouveau de décréter un couvre-feu.

En suivant son action, il n’est pas imprudent d’avancer que le gouvernement provisoire actuel en Tunisie a un plan bien défini qu’il compte appliquer progressivement : étouffer et contenir les revendications principales de la révolution, tout en revenant sur certaines décisions, prises sous la pression populaire, comme la dissolution du RCD, la dissolution de la police politique, la poursuite des anciens responsables du régime de Ben Ali, etc.

Que retenir !

Publicité vantant la Tunisie parue dans le Standaard du 19/05/2011. Slogan : Ils disent qu’on entend siffler les balles en Tunisie Ne gobez pas ce que l’on vous dit : en Tunisie souffle plus que jamais un vent de liberté. Ainsi vous pouvez choisir aujourd’hui entre de magnifiques terrains de golfs à proximité des plus belles plages pour pouvoir prendre un bain de soleil entre deux trous. Mais vous pouvez aussi plonger dans la séculaire culture méditerranéenne ou faire connaissance avec une population chaleureuse et hospitalière. En fait, la Tunisie n’a que de belles surprises à vous offrir."

Alors révolution ou coup d’Etat ?

Il est indéniable d’affirmer que par sa lutte et ses sacrifices, le peuple tunisien a réussi à déloger le dictateur. Ben Ali le dictateur est parti chassé par tout un peuple, qui s’est uni sous la bannière de la liberté, de la dignité et de la justice sociale. En même temps, ce qui s’est passé le 14 janvier en Tunisie, outre la cavale médiatisée de Ben Ali, peut être assimilé à un coup d’Etat fomenté par les restes de la dictature locale avec l’appui et le soutien des représentants de l’impérialisme occidental et qui a pour objectif de maintenir le système.

La révolution tunisienne n’était pas une révolution spontanée, dans le sens d’un mouvement de protestation sans perspectives, ni objectifs. Contrairement à ce que propage une certaine propagande gouvernementale, cette révolution est une révolution consciente de ses intérêts et de ses objectifs. Les forces révolutionnaires sont déterminées à les défendre malgré la répression et toutes les sortes d’intimidations. Aujourd’hui la révolution paie le prix de ses insuffisances, surtout au niveau de l’organisation et de la direction politique.

Forcément, la question fondamentale que toute révolution se doit de régler est celle de la prise de pouvoir. Aujourd’hui, force est de constater que ce sont toujours les anciens du régime de Ben Ali qui le détiennent. Le dictateur est tombé, mais les fondements de la dictature ne sont pas entièrement ébranlés.

Aujourd’hui, la révolution tunisienne est à la croisée des chemins. Elle est confrontée à un choix crucial : poursuivre la mobilisation populaire en développant les instruments de lutte et en mieux structurant l’organisation dans l’objectif d’accomplir pleinement les objectifs révolutionnaires ; ou se contenter des maigres avancées et des promesses de démocratisation en se soumettant au plan de ceux qui veulent conserver le pouvoir à tout prix.
Tout peut encore basculer dans un sens ou dans l’autre. Il est encore trop tôt pour le (pré)dire.

Selma Ben Khalifa, Aly Sassi

[1« La maladie de Ben Ali obsède la Tunisie », Libération. 13/06/2003.

[2« Comment l’armée a précipité la chute de Ben Ali en Tunisie ». Le Point. 18/01/2011

[5Parti fondé par Ben Ali le27 janvier 1988 (sur les restes du parti de Bourguiba le Parti Socialiste Destourien). Durant son existence, il fut le parti hégémonique en Tunisie.

[7ibid.

[8Depuis le 14 janvier 2011, plusieurs partis politiques, associations et citoyens ont pris l’initiative de former des alliances pour contrer les tentatives de récupération du pouvoir encore en place. Ainsi, le 20 janvier fut crée le “Front du 14 janvier” par une dizaine de partis politiques de gauche parmi lesquels le Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (P.C.O.T.)

[9Le premier sit-in de la Kasbah s’est tenu pendant presqu’une semaine à fin du mois de janvier 2011. Sa revendication principale était la démission du 1er gouvernement post Ben Ali de M.Gannouchi. Le second sit-in de la Kasbah s’est tenu du 24 février au 03 mars et avait comme revendication principale la tenue d’élections pour un assemblée constituante.

[10Le 11 février 2011, 28 signataires provenant des principaux partis politiques et associations tunisiennes ont donné naissance au Conseil National pour la protection de la Révolution (C.N.P.R.). Le “Front du 14 janvier” est signataire du C.N.P.R. Ce conseil National devait être un organe doté d’un pouvoir décisionnel et se donnait pour objectifs de : veiller à l’élaboration des législations relatives à la période transitoire et à leur adoption ; veiller au contrôle des travaux du Gouvernement provisoire qui assume la gestion des affaires ; contrôler et soumettre la nomination des responsables dans les hautes fonctions de l’Etat à son approbation ; revoir la composition et les prérogatives des 3 Commissions constituées respectivement sur la Réforme, sur la Corruption et sur les Abus ; veiller à prendre les dispositions qu’impose la situation transitoire dans les différents domaines et tout particulièrement, la Magistrature et l’Information.

 


 

Editorial
Révoltes arabes / La lutte et les dangers
lundi, 13 juin 2011
/ Snoepje

Patient infiniment, dans un pays où tous vivent sur les braises de la colère... Ainsi s’exprime Mahmoud Darwich dans son poème dédié à la lutte du peuple palestinien. Aujourd’hui, l’incendie révolutionnaire a gagné les peuples arabes. Une spirale contagieuse, qui emporte, après la Tunisie et l’Egypte, la Libye, la Syrie, Bahrein et le Yémen [1]. Car c’est ainsi : qui sème la misère récolte la colère. Les régimes dictatoriaux s’en sont rappelés à leurs dépens.

L’Occident, le capitalisme et la révolution

Mais c’est l’étonnement qui a prévalu en Occident. Des régimes autoritaires, policiers, prêts à réprimer les moindres soubresauts d’une population paupérisée, des économies libéralisées à outrance, dépendantes des touristes du nord, des sociétés minées par le spectre du conservatisme religieux : telle était l’image de la « rue arabe ». Pendant ce temps, les régimes occidentaux impérialistes croisaient les doigts : « Tant que les grandes sociétés multinationales pouvaient continuer à réaliser des affaires juteuses dans le cadre de la libéralisation progressive des économies arabes en cours depuis trois décennies, et tant que les gouvernants locaux et leurs affidés pouvaient continuer à amasser des fortunes géantes profitant aux industries du luxe en Europe ou ailleurs, ainsi qu’au marché foncier dans les grandes capitales, de quoi pouvait-on se plaindre ? » [2]

En manque de perspective historique et sociale, la presse occidentale s’est empressée de donner à ces mouvements populaires une touche de modernité. La mobilisation de la jeunesse est appelée la « révolution facebook ». Les revendications économiques sont passées à la trappe [3].
Dans leur article sur les révolutions arabes, Nidal et Ounsi nous expliquent en partie la structure de ces mouvements populaires. Car, à côté des énormes difficultés quotidiennes d’une jeunesse largement majoritaire et de plus en plus éduquée, la responsabilité du système économique et, plus largement, des mainmises occidentales dans la gestion économique et dans le soutien intéressé porté aux régimes en place sont des éléments fondamentaux de la compréhension de ces révolutions en construction. Enfin, pour les auteurs, "le rôle de la crise économique a largement été sous-estimé" [4], touchant de plein fouet des travailleurs en partie dépendants d’un marché de l’emploi jadis prospère à l’étranger.

Tunis, 14 février 2011

Comment, dès lors, croire que ces révolutions sont vues avec bienveillance dans les capitales occidentales ? Non, les États-unis n’ont pas donné leur bénédiction aux peuples en lutte. "Le premier danger qui guette ces débuts de révolution, est celui du désir, fortement exprimé par les États-Unis et l’Europe, d’’accompagner’ les réformes démocratiques qui s’esquissent. Entendre : se gagner une clientèle nouvelle à coups de dollars et d’euros." [5]
Selma Benkhelifa et Aly Sassi décodent pour nous les actions en coulisses : derrière les images qui tournaient en boucle sur les réseaux sociaux, une organisation implacable prenait place en Tunisie, avec les caciques du régime déchu. Aujourd’hui, la contre-révolution s’organise : "Sur le plan sécuritaire, les répressions violentes des manifestations pacifiques ont repris de plus belle et ont démontré le vrai-nouveau-vieux visage du système en place encore à Tunis" [6]. Ce n’est pas pour déplaire aux alliés d’hier, qui retrouvent et soutiennent de vieilles connaissances aux postes-clés.

L’ingérence : les avantages sans les "inconvénients"

Mais l’Occident capitaliste dispose d’une gamme étendue d’outils d’ingérence. D’autres peuples arabes en ont subi les conséquences. Il y en a qui sont létaux à très brève échéance, tout en laissant des traces indélébiles pendant des générations. Les Irakiens attendront encore avant de connaître l’étendue des crimes occidentaux commis sur leur territoire [7].

Telle l’intervention militaire de l’OTAN en Libye. Décidée avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, pour protéger les populations civiles, elle cache manifestement bien des ambitions non avouées. "Qui croit d’ailleurs que des États, quels qu’ils soient, consacrent leurs ressources et leurs armées à l’accomplissement d’objectifs démocratiques ?" [8]. Elle risque surtout de plonger le pays et la région dans un cycle de violence qui pourrait rappeler la guerre civile au Liban. Une guerre qui méconnait les conflits sociaux locaux et l’histoire des populations libyennes. La question mérite un article en soi, mais le JIM a choisi de parler aussi des milliers de réfugiés qui fuient ce scénario de la mort. Deux articles de La Cimade rendent compte des conséquences dramatiques des conflits dans le Maghreb. Et pointent, encore, la responsabilité des pays occidentaux qui n’aident pas à l’accueil des populations libyennes en fuite, et qui refoulent les réfugiés tunisiens cherchant protection aux portes de l’Europe...

Alain Gresh, lui, attire notre attention sur la solidarité exemplaire des Tunisiens, accueillant les populations libyennes qui passent la frontière en recherche de protection. "Les réfugiés vivent au Sud et c’est le Nord qui a peur. L’Union européenne a installé à ses frontières un dispositif de mort, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les déclarations indignées sur les violations des droits humains", écrit-il.
L’honneur de la Tunisie, c’est aussi l’honneur de tous les pays arabes jusqu’à maintenant muselés, celui de tous les peuples en lutte de par le monde, un honneur qui est à défendre, parce que le chemin est long.

Alors, Inscris ! Je suis arabe.

Remerciements à Selma et Aly, Nidal et Ousni pour leurs analyses, et à la Cimade et Alain Gresh qui nous ont autorisés à reproduire leurs textes.

Snoepje pour l’équipe du JIM.

[1Loin de nous de mettre tous les soulèvements populaires dans les pays arabes dans le même sac : chaque région hérite d’une histoire propre, longue et riche de luttes mais aussi de répressions. L’oppression ottomane, la colonisation, la libération et les mouvements de gauche, la contre révolution et la dictature... Aussi, nous invitons le lecteur, armé de son esprit critique, à débusquer la propagande capitaliste derrière les informations délivrées sans aucune vérification possible dans les médias. Le cas de la Syrie ou celui de la Libye, et la répression qui y sévit, fournissent à ce propos des exemples frappants : connaître l’histoire et les rapports de force présents y est, comme toujours, indispensable pour comprendre.

[2Georges Corm, L’unité arabe retrouvée, Le Monde diplomatique, Avril 2011

[3Il est instructif de lire à cet égard le rapport mondial de la répression des syndicalistes publié par la Confédération syndicale internationale : la traque subie par les travailleurs organisés, elle, n’a pas faibli

[4Nidal et Ounsi, Les révolutions arabes, Le JIM, mai-juin 2011

[5Georges Corm, ibid.

[6Selma Benkhelifa et Aly Sassi, Tunisie : la révolution face à ses démons., Le JIM, mai-juin 2011

[7Voir, tout récemment, les enquêtes parues à propos de l’utilisation d’armes contenant des éléments radioactifs sur des zones peuplées pendant les guerres en Irak

[8Serge Halimi, Les pièges d’une guerre, Le Monde diplomatique, Avril 2011