Journal Indépendant et Militant
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Numéro 11 - Reprises

 


 

Reprises de l’été : Edito Zéro
Le JIM ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
mardi, 20 juillet 2010
/ Chris B.

[*Edito paru le 10 septembre 2009 dans le "Numéro zéro" du JIM*]

Jim n°0 - EDITO ZERO
Jim n°0 - EDITO ZERO

Le JIM, c’est le Journal Indépendant et Militant.

Journal

Parce que le comité de rédaction construit un numéro complet à partir d’articles qu’il sélectionne. Les articles sont alors publiés régulièrement pendant tout le mois sur le site.
Mais malgré un rythme (pour l’instant) mensuel, nous voulons aussi répercuter une certaine actualité : ce sont les brèves, le plus souvent consacrées à l’actualité des luttes sociales et l’agenda des événements.

Indépendant

Non seulement, JIM est financièrement indépendant [1], mais il entend également garder son indépendance politique et philosophique : de part la diversité des points de vues et courants représentés au sein de ses membres, JIM ne sera jamais l’organe d’un parti ou d’un courant de pensée.

Militant

Comme vous pouvez le lire dans notre charte, JIM est un journal engagé. Il se veut un outil de contre-propagande accessible à tou(te)s. C’est pourquoi nous nous efforcerons de publier des analyses d’événements d’actualité (par exemple dans ce numéro 0, nous avons repris les articles de Franz Tofer sur les événements de décembre-janvier en Grèce [2]) pour les replacer dans leur contexte et fournir une grille de lecture différente de celle que l’on trouve d’ordinaire dans les médias.

Des médias dont nous ferons régulièrement la critique (voir dans ce numéro, l’article de Gérard Craan : Premiers éléments de critique des médias) afin de démonter le discours dominant propagé par ceux-ci.

Nous nous attaquerons à ce discours au travers d’articles traitant de certains points (comme par exemple l’article Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! de Franz Tofer sur les fraudes aux allocations) ; mais aussi au travers de notre chronique rubrique 5 qui analysera ce mois-ci l’usage fait du mot "éthique".

Au-delà des mots, nous chercherons aussi à comprendre (et faire comprendre) comment le système capitaliste utilise l’exploitation économique (lire dans ce numéro l’article de Céline Delforge : A mort les épiciers ! sur la destruction du commerce de proximité par les multinationales), la répression et la technologie pour asseoir sa domination quels qu’en soient les coûts humains ou environnementaux.

Mais si JIM se veut être un outil d’analyse et de compréhension du monde, il entend aussi, en tant que journal militant, être présent sur le terrain [3], aux côtés de ceux qui luttent.

Nous voulons également parler de culture, que ce soit par des comptes-rendus (voir Hommage à Gerda Taro de Gisèle Fraupont) ou en conjonction avec d’autres articles (par exemple "Z", un film à revoir de Gérard Craan en rapport avec les événements en Grèce).

Partager les témoignages des "simples gens" nous tient également à coeur. Ainsi, vous pourrez lire la rencontre de Gérard Craan avec Freddy, un ancien des Forges de Clabecq, le 1er mai dernier.

L’objectif de ce numéro est de vous donner un aperçu, bien qu’incomplet, de ce qu’est le JIM.

Dans quelques jours, vous pourrez découvrir le premier article de notre numéro 1 qui aura pour thème la violence légale.

Et si le projet vous plaît et que vous avez envie de nous rejoindre, n’hésitez surtout pas à nous contacter.

Merci à Céline, Christine, Ode, Gisèle, Franz et Gérard pour la réalisation de ce numéro 0.

Très bonne lecture.

Chris pour l’équipe de JIM.

[1il est actuellement entièrement financé par ses membres.

[2dans la rubrique rubrique 1, qui sera consacrée aux diverses luttes sociales.

[3sans oublier le terrain de l’humour !

 


 

Reprises de l’été : Editorial n°1
Violence légale /
dimanche, 25 juillet 2010
/ Gérard Craan

[*Edito paru le 15 octobre 2009 dans le "Numéro 1" du JIM*]

Sitôt le mot violence lâché, des images très concrètes nous viennent à l’esprit : celles des conflits armés bien sûr ; mais aussi les émeutekes [1] à Molenbeek, ce double meurtre vraisemblablement commis par un jeune de 19 ans en IPPJ ou le spectre d’un islamisme radical en Europe.

Pourtant, une autre violence existe. Comme le décrit Christine Oisel, la violence tue et est tue. Mais nous n’y pensons pas spontanément : de la violence sociale qui explique les émeutes ; de la violence économique qui pousse des travailleurs à s’attaquer à leur patron ou à se suicider. Nous n’y pensons pas parce que cette violence est banalisée, admise, intégrée. Mais également parce qu’y répondre est jugé illégal (discréditant ainsi ses auteurs) et génère automatiquement une réaction étatique et donc légale.



La violence légale, c’est le thème de ce numéro 1.


Dans le cadre économique et social particulièrement assassin dans lequel nous nous débattons, l’Etat et les intérêts qu’il représente organise, méthodiquement, la répression de toute contestation, de la plus humble, de la plus pacifique, à la plus organisée et engagée.

La plus humble des mobilisations sociales parce que le simple fait de chercher un refuge n’est plus toléré et que les êtres humains qui demandent des papiers se voient dénier le droit d’exister : pas de logement, pas de revenus, pas de travail, pas de sécurité, pas de vie de famille. Violemment poursuivis par la police dans les rues de Bruxelles (lire l’article de Cédric et celui de Gérard Craan), le droit-même de revendiquer leur est désormais refusé sous prétexte d’une fausse régularisation.

La plus pacifique et innocente des contestations qui soient, quand des altermondialistes organisent une sage manifestation dans le but de contrarier le bon déroulement d’un sommet européen des ministres des finances. Ils s’apercevront un peu plus tard que la police les a mis sur écoute sur demande du parquet et qu’ils sont poursuivis par la justice. Didier, victime directe d’un acharnement juridique nous fait part de son parcours kafkaïen du combattant.

Répression de la plus engagée des résistances, aussi, lorsque sont créées des lois "antiterroristes". Au nom de la lutte contre le terrorisme, les libertés fondamentales sont bafouées. Tandis qu’un discours s’acharne à nous démontrer que seul Oussama Ben Laden et ses fils spirituels pourraient tomber sous le coup de la loi et que même eux ont droit à un avocat, quiconque est en réalité passible de poursuites. Les notions volontairement floues de la loi permettent d’enrayer toute contestation sociale remettant en cause les fondements du capitalisme ou tout acte de résistance à un envahisseur [2]. La récente grève chez Tecteo, distributeur de gaz et d’internet dans la région liégeoise aurait par exemple pu mener à des poursuites judiciaires sur base de la loi sur les infractions terroristes. Il n’en a rien été, non pas parce que les poursuites étaient juridiquement impossibles, mais bien parce que la résistance syndicale ne permet pas (encore) d’amalgamer grévistes et terroristes. A travers un dossier de fond [3], Fiona Wallers démonte les mécanismes de ces lois liberticides.
D’où l’importance, aussi, de soutenir les luttes et d’œuvrer à la création d’un rapport de force global qui puisse penche un peu plus en notre faveur. C’est ce que nous faisons modestement par ce journal et par ses journalistes, qui, parallèlement à l’écriture, participent à la construction d’un futur libre, solidaire et émancipateur. Dans la rue, dans leur quartier, au travail. Et c’est également ce que font beaucoup d’autres dont Stéphane, interviewé par Christine Oisel, qui nous narre ses mobilisations anti-Otan et sa détermination.

La dernière touche à cette organisation de la violence légale consiste, bien entendu, à enfermer. Qu’il s’agisse d’actes déstructurés, comme ceux liés à la petite délinquance, ou de résistance politiquement organisée, Fifi Brindacier revient sur la seule voie possible que se sont choisi, et que s’obstinent à choisir, les institutions. La peine de prison demeure un moyen inefficace, mais on lui attribue de plus en plus de fonctions : contention, protection de la société, réinsertion, normalisation, réparation, réhabilitation, réadaptation. Faut-il dès lors redéfinir la prison ou songer à son abolition, écrit-elle ?

Si nos luttes pour la construction d’un avenir non-capitaliste, émancipé et solidaire ne sont pas toujours légales, elle n’en sont pas moins compréhensibles, excusables, justifiables. Et en fait, légitimes. Se battre contre un licenciement, pour un meilleur salaire ou simplement un job, lutter pour pouvoir vivre en Belgique, ou pour sortir définitivement du capitalisme et l’abattre, c’est non seulement légitime, mais également nécessaire.



Gérard, pour l’équipe de JIM


[1Pour reprendre les propos d’une criminologue à l’émission radio Face à l’Info le 21/09/2009

[2Sans partager les objectifs des islamistes, Irak et Afghanistan sont, quoi qu’on en dise, des pays envahis militairement par les puissances occidentales. Et dont la résistance des peuples passe par bien d’autres vecteurs que le fondamentalisme religieux

 


 

Reprises de l’été : Edito n°2
Hypocrisie verte, bio-marketing et fraude intellectuelle durable
vendredi, 30 juillet 2010
/ Christine Oisel

[*Edito paru le 13 novembre 2009 dans le Numéro 2 du JIM consacré à "Ecologie et capitalisme".*]

En décembre prochain, les dirigeants d’un peu moins de 200 pays [1] se réuniront en grande pompe à Copenhague (Danemark) à l’occasion d’un nouveau sommet des Nations Unies consacré aux changements climatiques [2]. "Le sommet de Copenhague sera la dernière chance du monde pour éviter un changement climatique fatal et engager une lutte sérieuse contre les émissions de gaz à effet de serre" a prévenu le Commissaire européen à l’environnement, Stavros Dimas [3]. Un rendez-vous politique et médiatique d’envergure, donc. Peut-on pour autant espérer que les solutions proposées au terme du sommet seront à la hauteur des espoirs ou des craintes exprimées par les uns et les autres ?

Une réalité à rendre vert de peur

Le désastre écologique auquel nous assistons depuis plusieurs décennies est vertigineux et en partie irréversible : pollutions durables du sol [4], de l’air [5] et de l’eau [6] ; pillage des ressources naturelles [7] ; OGMisation de l’agriculture [8] et destruction de la biodiversité [9] ; bouleversements climatiques majeurs [10]... Ce désastre en entraine directement un autre, humain, qui touche particulièrement les pays les plus pauvres [11] : populations affamées [12], déplacées [13], insécurisées [14]. Dans les régions industrialisées, on assiste à une augmentation continue des problèmes de santé liés à l’environnement et à l’alimentation comme la hausse des allergies [15] et de certains types de cancers [16]. Il est plus qu’urgent de prendre le mal à la racine.

Des politiques à rendre vert de rage

Or, si nos valeureux dirigeants n’hésitent pas, le cas échéant, à se saisir du Roundup judiciaire pour anéantir la mauvaise herbe contestataire [17], leur "action" face à l’urgence environnementale et humaine revient à s’attaquer à une forêt de ronces armé d’une pince à épiler... Au-delà des grandes déclarations d’intentions (comme celles exprimées dans le protocole de Kyoto, en décembre 1997 [18]), qui sont en réalité très peu suivies d’effet (quand on évoque ce protocole, c’est souvent pour en dénoncer les multiples violations...), la politique environnementale des pays capitalistes occidentaux se résume à bricoler une série d’adaptations "vertes" au système. Des adaptations qui ne nuisent pas au sacrosaint marché - les entreprises en tirent d’ailleurs avantage [19]- et qui permettent de désamorcer la préoccupation écologique croissante. Le problème, c’est que le concept de "capitalisme vert" est intrinsèquement contradictoire et illusoire.

D’une part, parce que les causes profondes du désastre écologique - et social - actuel sont à chercher dans l’essence-même du système. Son moteur, c’est la croissance du marché et l’accroissement des profits des actionnaires. Il faut par conséquent produire toujours plus, consommer toujours plus et toujours à moindre coût. Cet ordre productiviste et consumériste constitue l’une des principales causes des pollutions, dégradations et pillages commis sur l’environnement. Lire à ce propos "Le Vert et le Rouge - Première partie : Les causes structurelles de la crise écologique " de Didier Brissa.

D’autre part les intérêts du marché, proprement incompatibles avec les mesures radicales et urgentes à prendre en faveur de l’environnement [20], sont gagnants en terme de priorité politique. La ligne de nos dirigeants est claire : c’est la croissance d’abord, on ne sort pas de là [21]. A propos de la prévalence du marché sur les autres considérations, Céline Delforge aborde le cas du transport de marchandises dans "B-Cargo ou l’alliance contre l’écologie et l’emploi !".

Et hop ! Une bonne couche de peinture verte

Pour nous vendre le capitalisme à la sauce écolo, une bonne couche de peinture a fait l’affaire. On assiste depuis quelques années à un véritable ras-de-marée. Tout devient « vert » ou « durable » : le capitalisme, la croissance, le développement, l’énergie... C’est du délire !

Bien sûr, l’industrie - verte - surfe sur la vague, inondant le marché de biens de consommation absolument non-écologiques qu’elle appelle sans rire "verts" ou "propres". Pierre Eyben revient sur le concept frauduleux de "voiture verte" dans La voiture écologique arrive à plein gaz. Gérard Craan et Vince Er, quant à eux, soulignent la contradiction de fond du concept de "développement durable" ("Le capitalisme se développe durablement"), et nous parlent, entre autre, de la vision de "développement durable" de grands groupes comme Coca Cola. Les exemples de "greenwashing" (ou écoblanchiment) sont nombreux [22], tout devient "vert" ! Quelle époque formidable... Voyez à ce propos "Le "vert" est dans le fruit", chronique sémantique proposée ce mois-ci par Franz Tofer.

Sauf que la peinture ne fait que masquer le défaut. Les mots ont le pouvoir immense de créer une réalité virtuelle ("vert" = "non-polluant"). Mais derrière les mots se cache souvent une réalité et une intention tout autres. N’oublions pas qu’il s’agit ici de marketing commercial et politique, et de publicité mensongère. Une voiture qui consomme moins n’est pas pour autant "verte" ou "propre". Elle reste un moyen de transport polluant. N’est-il pas honteux et malhonnête de qualifier un tel objet de "vert" ? Si, mais cela déculpabilise le consommateur et fait vendre. Il en va de même pour les autres biens de consommation cités et les nombreux non-cités [23].

Il en va de même, nous l’avons vu, pour le concept totalement fumeux de "capitalisme vert" que l’on veut nous imposer au niveau politique. Comment ose-t-on qualifier un système aussi destructeur de l’environnement de "vert" ou de "durable" ? De la même façon, comment ose-t-on qualifier ce même système, créateur de pauvreté, d’exclusion, d’injustice et d’insécurité d’ "éthique" ou "humain" ? Cette manipulation intellectuelle omniprésente est proprement insupportable et intolérable. De manipulation, il en est question dans l’article d’Andrée Fonteyne qui revient sur la mise en scène de débat autour du nucléaire que constitue le Forum du même nom : « L’énergie nucléaire, y avez-vous déjà réfléchi ? ».

Libérer les hommes et l’environnement du système

La seule option sérieuse et raisonnable pour sortir des catastrophes environnementales et sociales en cours et à venir, c’est de renverser la priorité. Cela implique de refuser et de dénoncer la logique capitaliste de domination et d’exploitation, même fardée de vert, et d’oser sortir enfin d’un système qui montre jour après jour ses limites et sa brutalité.

Malgré l’évidence et la gravité du constat, nos "représentants" politiques, fort mal-nommés, sont davantage à l’écoute bienveillante des multinationales, fédérations patronales et autres FMI que prêts à prendre leur courage politique à deux mains. De plus, l’inefficacité des politiques menées depuis quelques décennies en matière sociale et environnementale leur laisse, en réalité, bien peu de crédit... Les partis "verts" ont le mérite d’avoir imposé la question écologique à la table des débats. Mais leurs arguments réformateurs se heurtent à la réalité du système et de ses priorités. Entre les écologistes et le mouvement ouvrier, certaines tensions ont du mal à se résorber. Voyez à cet égard le troisième volet de l’article : Le Vert et le Rouge - Troisième partie : Le Mouvement ouvrier et l’écologie. De plus, que ce soit du côté des partis écologistes ou de celui des "socialistes", le rejet du capitalisme et de sa logique productiviste a disparu des programmes.

Quant aux pays "dépendants", subissant une bonne partie des conséquences écologiques et humaines du "capitalisme durable" (Lire Le Vert et le Rouge - Deuxième partie : La crise écologique dans les pays dépendants et dans les ex-pays de l’Est (et assimilés)), ils n’entendent plus perpétuer ce lien de dépendance économique et politique [24] en se soumettant à des objectifs environnementaux, une nouvelle fois imposés par l’Occident. Mais ils manquent souvent d’unité dans leurs discours et leurs actions. De plus leurs élites, souvent "formées" en Occident, ont tendance à reproduire les schémas et les discours occidentaux.

Dans un tel contexte, quels espoirs peut-on sérieusement nourrir quant à la tenue de cette Conférence de Copenhague ? Peut-on imaginer un instant que des solutions radicales sortiront de ce sommet ? [25] L’objectif annoncé est de proposer un accord international "ambitieux" sur les réponses à donner au changement climatique. Difficile de ne pas sourire... jaune.

"La dernière chance du monde pour éviter un changement climatique fatal"

En réalité, si changement il y a, il ne proviendra probablement pas des salons feutrés de nos élites politiques, mais de la rue, de vous, de nous, de tous ceux qui refusent de se résigner. Toutes les avancées sociales sont nées de luttes. En matière environnementale, la lutte est également nécessaire et s’organise. En marge du sommet, des actions sont déjà menées par des ONG, des syndicats et des associations militantes à travers le monde pour tenter d’influencer les débats [26], parfois de manière assez... légère [27]. Des contre-manifestations s’organisent [28], avec comme mots d’ordre : "Plus de business as usual, plus de fausses solutions", "Changeons le système, pas le climat" [29] ou "Libérons le climat des marchés financiers" (Campagne Attac).

Que ce soit en manifestant, en participant à des actions ou en alimentant le débat d’idées, comme nous le faisons dans le JIM, refusons de subir et de faire subir toute forme de domination et d’exploitation. Luttons pour une société juste, solidaire et réellement respectueuse des hommes et de l’environnement. Une société libérée du capitalisme.

Merci à Andrée, Christine, Didier, Franz, Gérard, Ode, Pierre et Vince qui ont réalisé ce numéro.

Christine Oisel, pour l’équipe du JIM

Bannière : Ode

[1Ceux qui ont ratifié la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique

[27-18 décembre 2009. Site officiel : http://fr.cop15.dk/

[4Dues aux transports, aux pratiques de l’agriculture intensive, au stockage des déchets, aux rejets industriels et ménagers, notamment. Lire à ce propos : http://www.hector-asbl.be/documentation/environnement/sols-dechets-et-sante/pollution-des-sols

[6Devenue une marchandise : "Il existe actuellement dix grands acteurs privés qui distribuent l’eau potable dans un but commercial. Parmi eux, les Français Vivendi et Suez distribuent l’eau à des services liés à l’eau à plus de 200 millions de clients dans 150 pays, et ils sont engagés dans la course à l’expansion qui doit les mener, dans tous les recoins de la planète, à la possession de l’eau, aux côtés d’autres géants comme Bouygues,SAUR, RWE Thames Water, Bechtel United Utilities… Coca cola, Nestlé… Ils sont aidés par la banque mondiale, l’OMC et le FMI qui contraignent de plus en plus les pays du tiers monde à abandonner leur système public de distribution d’eau, en échange de leur éligibilité à la remise de leur dette. Ces organismes qui contrôlent, au profit des multinationales, le commerce mondial, accordent en effet aux groupes transnationaux de l’eau un accès sans précédent aux ressources en eau douce des pays signataires. Certaines entreprises ont entamé des procédures contre les gouvernements, armés de la protection de ces accords internationaux." Maude Barlow, L’Or Bleu, citée in : http://www.enfants-soleil.org/Chap_Idees/eau.htm

[7Pétrole, minerais, forêts, ressources marines... Avec, par exemple, comme conséquence prochaine le "peak oil" ou pic pétrolier. Sur la reconnaissance de la dette écologique, lire : http://www.amisdelaterre.org/Arretez-le-pillage-Pour-la.html

[8Lire à ce propos les "10 idées reçues sur les OGM" publiées par Greenpeace Canada : http://www.greenpeace.org/canada/fr/campagnes/ogm/aper-u/10-idees-recues

[9Des espèces animales et végétales sont quotidiennement menacées à cause de la pollution, de la destruction des habitats naturels (déforestations...), de la pêche et de la chasse intensives, notamment. Lire à ce propos : http://www.vedura.fr/environnement/biodiversite/extinctions-especes. Voir aussi les rapports contestés mais incontournables du GIEC : http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.htm

[10On estime que depuis les bouleversements qui ont conduit, il y a 65 millions d’années, à la disparition des dinosaures, jamais la Terre n’avait subi de modifications environnementales aussi brutales et rapides qu’à notre époque.

[12L’ouverture des marchés de l’alimentaire et de l’eau aux multinationales a détricoté le commerce local, confisqué leurs propres ressources aux populations et a ainsi contribué à générer la pauvreté et donc la faim, la soif et la maladie. L’arrivée de l’agrocarburant ou biocarburant, très tendance, aggrave encore les phénomènes de famines dans les pays pauvres. Les terres arables sont réquisitionnées pour les cultures énergétiques, et le prix de l’alimentation explose. Lire à ce sujet : http://www.agirpourlenvironnement.org/campagnes/c28.htm#top

[13Les déplacements de populations dus aux bouleversements climatiques sont aussi gigantesques que dramatiques. Selon une étude publiée dans le cadre des discussions climatiques de Bonn, 700 millions de personnes seront contraintes d’abandonner leur région ou leur pays d’ici 2050 (http://www.respire-asbl.be/Des-centaines-de-millions-de)

[14Le rôle dans les conflits du pillage et du commerce des ressources naturelles par des multinationales est malheureusement connu et largement illustré. Lire par exemple cet article de Global Witness, datant de novembre 2008, sur les liens entre le conflit au Congo et le commerce de minerais : http://www.globalwitness.org/media_library_detail.php/678/fr/le_pillage_des_ressources_reste_le_moteur_du_confl

[15Lire à ce propos : http://www.allergieetpollution.com/

[17En votant, par exemple, des lois liberticides - Lire le dossier consacré à la violence légale dans le numéro précédent du JIM : http://www.lejim.info/spip/spip.php?page=numero&id_mot=28

[18Où 38 pays développés s’engageaient à réduire en moyenne de 5,2% leurs émissions de gaz à effet de serre. Voir le texte dans son intégralité (http://unfccc.int/files/cooperation_and_support/cooperation_with_international_organizations/application/pdf/kpfrench.pdf) ou un résumé (http://unfccc.int/portal_francophone/essential_background/feeling_the_heat/items/3294.php)

[19La mode du "vert" leur apporte de nouveaux débouchés

[20Comme la réduction du rythme de production et de consommation, et donc de la sphère marchande ; le retour à une activité économique locale...

[21Ce qui n’empêche pas que les discours officiels culpabilisent la population quant à ses choix de consommation personnelle... On n’est plus à une contradiction près...

[22Ainsi l’autoroute A19, reliant sur 101 kilomètres Artenay à Courtenay en France, proclamée "éco-autoroute" (sic !) par son constructeur, le groupe BTP Vinci (dont voici le communiqué : http://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/communiques/pages/20090608-1301.htm), avec la bénédiction du ministère français de l’écologie et du développement durable...

[23C’est d’ailleurs un jeu "amusant", si l’on peut dire, de taper le nom d’un objet sur un moteur de recherche et de lui attribuer le qualificatif "vert" ou "écologique"... Vous serez surpris(e) par l’imagination des publicitaires et communicateurs en tout genre...

[24Rappelons que l’octroi des "aides" est conditionné à la soumission aux règles de la mondialisation, imposées par le FMI et la Banque mondiale

[25Nous ne sommes pas les seuls à nous poser cette question, loin s’en faut. Lire par exemple chez Basta ! : http://www.bastamag.net/spip.php?article722

[26Par exemple : campagne Greenpeace, lancée il y a quelques mois, pour dénoncer l’exploitation des sables bitumineux (voir breve 215 et breve 271 ; Action d’Oxfam-Solidarité, menée le 28 octobre dernier, pour attirer l’attention sur les déplacements de populations dus aux bouleversements climatiques (http://www.oxfamsol.be/fr/Un-camp-de-refugies-climatiques-a.html).

[28Par exemple : appel contre le sommet de Copenhague en ligne sur Indymedia-Toulouse : http://toulouse.indymedia.org/spip.php?article41620

[29"Appel à l’action pour la justice climatique" : http://www.hns-info.net/spip.php?article19384

 


 

Reprises de l’été : Edito n° 3
Pauvreté & Précarité /
mercredi, 4 août 2010
/ Fiona Wallers

[*Edito paru le 9 décembre 2009 dans le "Numéro 3" du JIM*]

Maïga a 21 ans. Il est est burkinabé. Il y a un an et demi, appelé par un ami de la famille pour travailler dans une auberge pour touristes, Maïga est parti à Ségou, au Mali. Sa famille nombreuse avait besoin de revenus réguliers. Et depuis, Maïga est devenu gérant de l’Auberge de l’Amitié.
Il nous a accueillis lorsque nous sommes arrivés, crevés du trajet, et surtout râlant d’avoir perdu des sous dans le taxi. Il a sillonné la ville pour nous aider. Sans résultat, mais voilà, Maïga était devenu un ami.

Maïga est debout à cinq heures, il termine lorsqu’il n’y a plus rien à faire. Gérant à l’Auberge de l’Amitié, ça veut dire « Homme à tout faire » : accueil, réservations, courses, cuisine... Pas de congés hebdomadaires, pas de congés annuels, Maïga travaille sept jours sur sept et envoie la plus grande partie de son salaire tous les mois au Burkina. Son salaire… Maïga gagne 25.000 francs CFA par mois, soit 38 euros.

Des mecs comme Maïga, il y en a beaucoup. Parfois, les gens de là-bas estiment qu’ils ont de la chance : ils ne sont pas à la rue, ils vivent de leur travail, ils peuvent surtout envoyer de l’argent à la famille. Mais il suffit de parler quelques heures avec lui, il suffit aussi de regarder les petits garçons qui travaillent dans l’Auberge pour se dire que ce n’est pas vrai. La chance n’est pas passée par là.
 [1]

Un regard très rapide sur ce qui se passe à l’extérieur de l’Union européenne suffit à nous faire réfléchir un peu sur le statut que le capital assigne à des millions de travailleurs.
Main d’œuvre malléable, parce que dans le besoin ; exploitations multiples ; déréglementation - ou absence de règlementation - du marché du travail ; précarisation des conditions de vie. C’est ce qu’Hélène Châtelain nous a proposé de partager dans son article sur São Paulo. On y voit un tableau sans nuances qui montre, par des exemples de rencontres, une société d’extrêmes : débrouille, précarité, pauvreté. Le Brésil, économie « en plein essor », nous montre l’atrocité d’un système économique basé sur la libéralisation, et montre aux pays les plus pauvres comme le Mali ou le Burkina, que le libéralisme ne peut pas être un chemin à suivre.

Parmi les victimes de la rentabilité, plus près de chez nous, il y a les travailleurs handicapés. Arnaud Levêque propose une mise au point sur les conditions de travail dans anciens ateliers protégés, aujourd’hui appelés entreprises de travail adapté… Protégés ? Peut-être pas tellement aujourd’hui, où on ferme hypocritement les yeux sur une exploitation qui ne dit pas son nom.
Exploitation à l’abri des regards aussi, ça se passe dans les prisons. Les détenus « modèles » y sont forcés de perpétuer des règles de travail dignes d’une époque qu’on croyait révolue. Bienvenue au 21ème siècle, c’est dans l’article de Fifi Bridacier.

Exploitation aussi, lorsque des délégués syndicaux expliquent le quotidien des nettoyeuses, pudiquement appelées aujourd’hui « techniciennes de surfaces ». Gérard Craan visite, interroge, raconte les conséquences d’une crise économique sur un secteur déjà largement précarisé. Restructuration, réorganisation, licenciements : la charge de travail de ces ouvrier-e-s est constamment augmentée par les grandes firmes qui les emploient… Peuvent-ils-elles dire qu’ils-elles ont de la chance d’avoir un travail ?

Avoir ou ne pas avoir de travail, cela détermine un statut dans nos économies panachées de social : l’ouverture du « droit aux allocations de chômage ». C’est quoi le chômage ? Comment manipule-t-on les chiffres des demandeurs d’emploi et à quelles fins ? Guéric Bosmans essaie de nous expliquer, chiffres à l’appui, les incohérences des communications gouvernementales, et le scandale de la paupérisation croissante des allocataires sociaux. Les allocations de chômage et les aides sociales : un droit, une protection, qui chagrine d’ailleurs plus d’un patron. On est encore loin, même au cœur de la crise libérale la plus dure depuis plusieurs décennies, des lendemains qui chantent. Dans son article en deux parties à propos des mesures de chasse aux chômeurs, Yves Martens nous propose de nous mobiliser pour défendre ce droit, cette protection [2].
Celui-ci ferait certainement partie de ce qu’on appelle les droits sociaux ou « droits fondamentaux de deuxième génération »… ou alors de seconde zone ? Quelles sont donc les difficultés qui nous empêchent de les revendiquer juridiquement ? C’est l’article complet de Manu Lambert qui va nous amener quelques réponses.

Oui, on est manipulé-e-s, non, le monde libéral n’amène pas le bonheur. Pour s’en rendre compte, il faut aussi passer par le décodage des expressions et des mots utilisés par le pouvoir. Un travail de sape linguistique est de plus en plus nécessaire. L’article de Christine Oisel nous montre le détournement de sens du mot réforme. Littéralement désignant un retour à l’ordre établi, le renversement sémantique imposé par les classes dominantes le transforme en outil émancipateur... Une manipulation visant à masquer les mesures de régression sociale. Enfin, Didier Brissa complète son article de fond à propos du mouvement écologique : ici aussi, le décodage s’avère nécessaire.

Maïga n’a certainement pas de chance. Comme des millions de travailleurs dans le monde, il est obligé d’accepter un boulot inacceptable. Comme des milliers de travailleurs en Belgique, qui voient leurs protections disparaître, qui voient leurs salaires réduits, qui se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté....
A l’heure de rédiger cet édito, une révolte : comment mettre bout à bout la suite de chiffres qui tombent dans les dépêches d’info ? 800 pertes d’emploi chez DHL, 100 chez MD verre, 3000 emplois menacés chez Opel, une cinquantaine chez Sanofi-Aventis… [3]
Une photographie de deux ou trois jours noirs pour l’emploi, comme tant d’autres cette année. Sans avoir encore clôturé les chiffres de l’année 2009, on annonce encore 60.000 suppressions d’emplois en 2010 [4].

La reprise économique ? Elle ne concerne pas la majorité, mais bien les exploiteurs de tous poils qu’il est urgent de déloger. Au Mali comme ailleurs, notre combat est le même.
Merci à Arnaud, Christine, Didier, Fifi, Gerard, Gueric, Hélène, Manu, Ode et Yves d’y avoir contribué.

Fiona Wallers, pour l’équipe de JIM

Bannière : Ode

[2Pour les détails du combat contre la chasse aux chômeurs, voir www.asbl-csce.be

[3Pour avoir une idée à propos des pertes d’emploi en Belgique en 2009, voir la rubrique Brèves ; dans la presse bourgeoise, un récapitulatif des plus grandes suppressions d’emploi dans l’Echo du 1er décembre 2009

 


 

Reprises de l’été : Editorial n°4
Consumérisme /
lundi, 9 août 2010
/ Ode
JIM 04 - CONSUMERISME - DEC.-JAN.
JIM 04 - CONSUMERISME - DEC.-JAN.

[*Edito paru le 14 janvier 2010 dans le "Numéro 4" du JIM*]

L’homo sapiens sapiens occidental semble être une espèce qui voue une majeure partie de son existence à l’achat et l’acquistion de biens. Dans un tel contexte, un numéro sur le consumérisme – à comprendre comme l’idéologie où la consommation occupe une place capitale – ne pouvait être démesure.

C’est généralement dès la naissance que l’humain occidental est confronté à sa première acquisition : le jouet. Les propos d’Anne Morelli, recueillis par Christine Oisel, nous montrent que cette première acquisition vise à participer à la construction sociale de l’individu, à orienter le comportement ultérieur de l’enfant. Dans cette optique, certaines marques commercialisent des imitations d’ustensiles ménagers frappés de leur logo (ustensiles de nettoyage, cuisine, bricolage…). Dans de tels cas, la première acquisition prend donc les formes d’un apprentissage de la consommation future.

Mais que consomme l’homo sapiens sapiens au cours de son existence ?
Parmi les achats les plus répandus, on trouvera très certainement une multitude de gadgets électroniques dont le rythme de consommation est souvent proche de la frénésie. L’article de Franz Tofer nous invite cependant à réfléchir à notre quota de consommation de tels gadgets en survolant le bilan écologique et humain de leur production.

Les gadgets électroniques ne sont cependant pas les seuls biens dont la production massive entraîne des conséquences humaines et écologiques désastreuses : ce constat peut être étendu à la majeure partie des biens quand la volonté de toujours produire plus mène à un profond malaise, tant physique que psychologique, dans la sphère du travail, ou encore quand les ressources énergétiques nécessaires à leur production sont à mettre en étroite relation avec une altération de l’environnement et du climat. Le bilan humain sera abordé de façon un peu plus exhaustive dans un prochain numéro sur le travail. Quant aux conséquences écologiques, elles ont été abordées dans le numéro précédent sur l’écologie et le capitalisme. Un article hors-thème de ce numéro est cependant consacré aux motivations de militants qui se sont rendus au sommet de Copenhague sur le climat, leurs propos ont été recueillis par Gérard Craan.

Affirmer que tous les individus ignorent les conséquences négatives de leur consommation serait erroné, la preuve en est que certains souhaitent s’orienter autant que possible vers les produits issus du commerce "équitable". Didier Brissa pose cependant un regard critique sur de tels produits en énonçant dix points en leur défaveur. Il ne faut en effet pas oublier que le commerce "équitable" reste un commerce et qu’il n’échappe donc pas aux tares qui lui sont propres.

Ces articles mettent en évidence des conséquences néfastes de notre mode de consommation, mais dans la société occidentale actuelle il nous est impossible, ou du moins très difficile, de cesser toute consommation. D’autant plus que les processus incitant, voire forçant, à la consommation ne manquent pas [1]. Néanmoins, nous avons toujours la possibilité de mieux penser nos achats, notamment en réduisant la quantité de biens achetés : si certains biens n’ont qu’une utilité artificielle (généralement créée par la publicité), d’autres peuvent être réutilisés. A ce sujet, Damien nous présente un mode de consommation alternatif basé sur la récupération et les échanges sociaux.

Les échanges sociaux, bien souvent estompés dans le mode de consommation actuel, se trouvent au cœur du témoignage de Monsieur A où est décrite une communauté qui pourrait être l’esquisse d’un monde où l’argent ne gouvernerait plus et où l’entr’aide serait seule maîtresse.

La chronique culture, rédigée par Gérard Craan, fait écho à ces témoignages en nous présentant Le Cantique de l’Apocalypse Joyeuse d’Arto Paasilinna, où, au cœur d’un chaos mondial croissant, se construit une communauté villageoise qui se veut autonome. Tout ne se passe cependant pas sans heurt...

Enfin, ce numéro propose également deux articles hors-thème : un témoignage sur les activités sportives de la police de Bruxelles-Midi et un article qui soulève la question de la lutte contre la pauvreté aux yeux du nouvel ordre mondial.

Merci à Céline, Christine, Damien, Didier, Franz, Gérard et Monsieur A qui ont participé à ce numéro.

Ode, pour l’équipe du JIM

Bannière : Ode

[1Campagnes publicitaires incitant à la consommation, mais aussi impossibilité de réparer certains objets (qui exigent une expertise, dont l’ouverture est bloquée par le fabriquant ou encore dont l’ouverture entraîne une perte de garantie, etc.), dégradation rapide des produits de haute technologie (voitures, gsm, lessiveuses, etc.) ou encore multiplication des exigences sanitaires de la sécurité privée et publique.

 


 

Reprises de l’été : Editorial n°5
Big Brother / La guerre c’est la paix - La liberté c’est l’esclavage - L’ignorance c’est la force
samedi, 14 août 2010
/ Andrée Fonteyne
JIM 05 - BIG BROTHER - FEV.-MAR.
JIM 05 - BIG BROTHER - FEV.-MAR.

[*Edito paru le 11 février 2010 dans le "Numéro 5" du JIM*]

Pour la plupart des gens, être contrôlé ne pose aucun problème. Il faut vivre avec son temps, assurer la sécurité des siens, anticiper les besoins en connaissant les habitudes de chacun, combattre le terrorisme par tous les moyens. Pour certains par contre, la vie privée est une notion primordiale et le contrôle généralisé surtout une manière de maîtriser les foules… L’équipe du JIM a décidé ce mois-ci de lever le voile sur Big Brother et de vous aider à protéger (ce qui reste de) votre privée…

Il y a seulement quelques jours, la Grande-Bretagne annonçait que sa police envisageait d’utiliser des drones équipés de caméras pour surveiller la mer, la terre et le ciel lors des jeux olympiques de 2012. Grâce à cette technique militaire, il sera donc désormais possible que plus aucun de nos faits et gestes ne passe inaperçu et ne soit gravé (pour la postérité, c’est certain) dans les archives des forces de police. Mais les caméras de surveillance sont-elles vraiment efficaces ? L’article de Julien Pieret nous démontre que les choses sont beaucoup moins simples (et beaucoup plus coûteuses) que ce qu’on nous dit.

Nous sommes contrôlé-e-s tout le temps, même quand nous ne le soupçonnons pas. Notre vie privée l’est de moins en moins. Franz Tofer nous montre à quelles occasions nous dévoilons notre sphère personnelle et comment faire pour la protéger.

Prenons l’exemple d’une journée type de Madame C. Le matin, elle bippe sa carte mobib à la borne avant de prendre son métro. Un geste que tout utilisateur des transports en commun bruxellois sera bientôt forcé de faire vu la mort annoncée des cartes de transport autres que la carte à puce et l’installation d’une batterie de portiques. L’article de Céline Delforge nous permet de comprendre pourquoi la STIB (Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles) a franchi le pas de la carte RFID personnelle et les objectifs plus ou moins annoncés de ce nouveau contrôle des moyens de transports.

Au travail, Madame C est surveillée par son patron. Pour son bien et, surtout, pour le bien de l’entreprise. Blacksad nous explique que, grâce aux nouvelles technologies, la surveillance et le contrôle des travailleurs a pris de l’ampleur, souvent bien plus rapidement que les cadres législatifs qui régissent la vie privée et le droit du travail.

Une fois la journée de travail achevée, Madame C va chercher ses enfants à l’école. Passer la grille en donnant ses empreintes, recharger la carte à puce de sa fille pour la cantine, des gestes qui sont devenus anodins. L’article du Collectif dépassons les bornes fait le point sur la situation dans les écoles françaises, où de plus en plus de parents, d’écoles et d’élus en reviennent de ces technologies intrusives et organisent la résistance afin que les enfants ne soient plus éduqués à être contrôlés à l’aide d’une partie de leur corps.

Quelques petites courses pour le souper avant de rentrer à la maison. Le portique de sécurité sonne au passage de Madame C et de sa famille. Le vigile accourt et inspecte le contenu des sacs et cartables. Tout le monde s’exécute sans broncher. Madame C est un peu inquiète et se demande si un de ses enfants n’aurait pas chipé quelque chose. Ouf, il n’en est rien, c’est juste le portique qui déconne… Il n’en est rien ? Vraiment ? Gérard Craan démontre que ces contrôles n’ont rien d’anodin. Et qu’une fois encore, tout n’est pas permis…

L’histoire de Madame C, c’est notre quotidien à tou-te-s. On ne se rend même plus compte que nos données sont récoltées pour un oui ou pour non, que nous sommes suspecté-e-s tout au long de nos journées... L’article, en deux parties, du grenoblois Sébastien offre un salutaire regard extérieur sur notre carte d’identité belge, cet outil précurseur dans la collecte ni vue ni connue des données personnelles…

Mais tout ça, c’est pour quoi ? Notre sécurité ? Un concept que Christine Oisel décrypte pour nous en démontrant que les notions de sécurité et d’insécurité sont surtout très élastiques et que le tout au sécuritaire sert aussi à maintenir la peur afin de contrôler la population...

... Comme dans 1984 de Georges Orwell, le livre qui, il y a 51 ans, annonçait un avenir qui se réalise peu à peu. Franz Tofer jette un coup de projecteur sur cet ouvrage qu’on ferait bien d’aller relire de temps en temps, juste histoire de ne pas oublier de se révolter face à l’inadmissible.

Enfin, soyez-en assuré-e-s, cher-e-s lectrices et lecteurs, l’analyse des expressions de votre visage, capturées par votre webcam à la lecture de nos articles, nous permettra de vous concocter un prochain numéro qui correspondra encore plus à vos attentes…

Merci à Christine, Céline, Gérard, Julien, Blacksad, Franz, Sébastien et au Collectif Dépassons les bornes d’avoir participé à ce numéro.

Andrée Fonteyne, pour l’équipe du JIM

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