Journal Indépendant et Militant
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Numéro 0

 


 

« Ces jours sont aussi les nôtres »
Sur le soulèvement populaire en Grèce /
dimanche, 16 août 2009
/ Franz Tofer

La mort d’un adolescent de 15 ans, abattu par un policier le 6 décembre 2008 à Athènes, a déclenché une immense explosion de colère partout dans le pays (lire L’arme du policier est magique). Comment expliquer la durée et l’ampleur de la révolte ? Cette contestation peut-elle trouver des échos en Europe ? Au-delà du discours officiel, quels espoirs peut-elle réveiller ?

Un soulèvement populaire

Le soir du meurtre, les premières émeutes éclataient, emmenées par ceux que la presse officielle nommait des « jeunes » et des « anarchistes ». La contestation a continué les semaines suivantes : manifestations quotidiennes et spontanées, occupations d’universités, grèves. Certaines actions – les plus visibles – s’attaquant matériellement à des cibles très précises (bureaux de police, banques, bâtiments ministériels...), beaucoup d’autres se déroulant dans le calme [1]. Malgré sa radicalité, le mouvement s’est rapidement et largement étendu, rassemblant dans les rues des étudiants, des parents, des professeurs, des travailleurs, des chômeurs, des retraités, des immigrés, des militants de gauche et d’associations de quartier, des gens « normaux », issus des classes populaires mais aussi des classes moyennes [2]. Un énorme soulèvement populaire, le plus important depuis la chute de la dictature, porté par la jeunesse et soutenue par la majorité de la population [3]. Une révolte qui, chose remarquable, n’est contrôlée par aucun groupe, syndicat, ou parti. Un mouvement sans leader, ni porte-parole officiel.

Ce n’est pas la première fois que la Grèce connaît des manifestations de contestation. Ce qui est exceptionnel ici, c’est l’ampleur et la durée du mouvement.

Les origines de cette contestation sont complexes et profondes. Elles tiennent au contexte local, propre à l’histoire et aux particularités de la Grèce, et global, commun aux pays d’obédience capitaliste.

Des plaies encore ouvertes

La dictature des Colonels (1967-1974), initiée et soutenue par les Etats-Unis [4], n’est pas loin et son souvenir vivace. Les opposants furent violemment persécutés. Malgré la répression, la population n’a cessé de s’opposer au régime, une protestation déjà portée par les étudiants [5]. Cette période d’oppression et de lutte a laissé des traces. Une large frange de la population continue de se méfier de l’Etat et de la police. Une police qui a conservé des pratiques particulièrement violentes et barbares : humiliations, viols, passages à tabac de jeunes [6], de militants, de manifestants et d’immigrés [7], cas de tortures [8] et de meurtres, usage systématique et injustifié de bombes lacrymogènes et de gaz chimiques pendant les manifestations. Les terribles conditions de vie des prisonniers et les mauvais traitements dont ils sont l’objet est en outre connue et dénoncée. La quasi-totalité des prisonniers a d’ailleurs suivi une grève de la faim en novembre 2008 [9].

Des institutions décrédibilisées

Le népotisme, la corruption, l’incurie du gouvernement face à des événements nationaux importants, ont durablement entamé la confiance des Grecs vis-à-vis de leurs institutions. Cette défiance s’exprime également à l’encontre des médias, jugés complices.

Népotisme. Depuis plus de cinquante ans, trois clans familiaux se partagent le pouvoir. Les Papandreou, Karamanlis ou Venizelos ont la main-mise sur les deux principaux partis, le PASOK (parti socialiste) et la Nouvelle Démocratie (parti conservateur, au pouvoir actuellement). Les exemples de dynasties familiales sont fréquents en politique [10] et l’on s’en émeut rarement. Mais une telle concentration de pouvoir est préoccupante dans une « démocratie ». Laissant peu d’espoir pour de profonds changements, le système est fortement discrédité auprès de la population [11].

Corruption. L’actuel gouvernement s’est en outre compromis dans des scandales politico-financiers à répétition qui ont renforcé la méfiance populaire envers l’Etat et son administration. Citons les affaires Siemens et celle du Mont Athos (Lire Des scandales à répétition).

Incurie du gouvernement. Les incendies de l’été 2007 sur l’île d’Eubée et dans le Péloponnèse ont fait 73 morts [12]. Cet événement, vécu comme un drame national, a souligné l’incapacité du gouvernement à apporter une solution au problème pourtant récurrent des incendies de forêt. Néanmoins, sans doute grâce à certaines mesures démagogiques [13], le parti conservateur au pouvoir (Nouvelle Démocratie) a remporté les élections [14] anticipées par les scandales [15] [16].

Une jeunesse qui désespère

Un autre élément important en Grèce est l’extrême précarité de la jeunesse.
Si les jeunes sont souvent parmi les plus touchés par le chômage, l’exemple grec est particulièrement révélateur. En effet, il concerne plus de 20% des jeunes de moins de 24 ans et plus de 10% des 25-34 ans alors que le taux de chômage moyen est de 7,4% [17].
Lorqu’ils décrochent un travail, les jeunes diplômés gagnent rarement plus que le salaire minimum légal (680€ [18]), alors que leurs familles ont dû faire face aux importantes dépenses [19] générées par les écoles privées complémentaires (les "frontistiria"), nécessaires pour réussir l’examen d’entrée pour un troisième cycle [20]. Le stress occasionné par d’interminables heures d’étude tend à transformer les étudiants en automates au moment d’entrer à l’université [21]. Il s’ensuit une immense frustration générée par un système éducatif coûteux et ne permettant pas de garantir un avenir.

Un mal commun : les diktats de l’Europe

Comme tous les autres pays de l’Union Européenne, la Grèce est dans l’obligation de suivre les politiques décidées à Bruxelles. L’objectif commun de ces politiques est de faire rentrer un certain nombre de domaines publics (santé, retraite et éducation par exemple) dans une logique de marché et de mise en concurrence (impliquant les principes de rentabilité, valorisation, réduction des coûts, etc.)

Tag de solidarité avec les émeutiers grecs
Vu à Bruxelles.

Partout, ces "réformes" [22] ont été plus ou moins vivement combattues par la population. Que l’on songe aux mouvements étudiants et lycéens en France [23], en Espagne [24] et en Italie [25] ; manifestations contre la "réforme" du chômage en Allemagne [26] ; manifestations pour la défense des retraites en France [27] et en Belgique [28], ...
En Grèce aussi, on a pu assister à divers mouvements de résistance contre cette politique de "casse sociale". Ainsi par exemple, le début de l’année 2007 a vu un mouvement étudiant de très grande ampleur contre la libéralisation et la privatisation des universités [29]. De même, plusieurs grèves générales ont été organisées en 2008 pour s’opposer au projet de "réforme" des retraites [30]. Autre exemple, le 22 octobre 2008, peu de temps avant les émeutes de décembre donc, une grève générale de 24h était organisée contre la politique économique du gouvernement conservateur [31]. Dernier exemple en date, une grève générale a eu lieu le 10 décembre, prévue de longue date, mais trouvant un nouvel écho en raison de l’actualité.

La révolte, une maladie contagieuse ?

Beaucoup les journalistes s’interrogent sur les « risques de contagion » des émeutes grecques en Europe [32]. Le choix des termes est évidemment révélateur : la révolte sociale en Grèce serait-elle une maladie [33] à éradiquer avant qu’elle ne contamine les peuples voisins, un mal dont il faudrait avoir peur ?
Le discours des grands médias, relayant la propagande du pouvoir, s’est engouffré dans le sensationnel à grand renfort d’images-chocs et de commentaires alarmistes. Le relevé lexical réalisé par Henri Maler (ACRIMED) sur le traitement médiatique du sujet est très éloquant. « Les télévisions, fascinées par les images de la violence des affrontements, les ont complaisamment diffusées, sans considérer outre mesure que les causes les plus profondes de cette révolte étaient, elles aussi, des faits » [34].
Ce genre de discours prend tout son sens au moment où, aux quatre coins de la planète, des manifestations de solidarité rassemblent des centaines de personnes [35].

Danger ou espoir ?

Ce discours passionnel affecte directement les fantasmes et exacerbe les angoisses les plus profondes. En agitant le spectre de violences urbaines, d’insécurité, de chaos [36], les responsables politiques et les journalistes jouent sur la peur des gens. Ils détournent ainsi l’attention des causes communes de la révolte : la précarité, le chômage, l’exclusion, les problèmes d’accès au logement, à l’éducation, aux soin de santé. Des maux dont souffre une immense partie de la population partout en Europe, et dont les racines se trouvent dans l’essence même du modèle capitaliste imposé : la recherche du profit au détriment de la solidarité, du service public et de l’environnement.
Sans entrer dans le débat de la légitimité de la violence de certaines actions, il faut rappeler qu’elle est engendrée par une autre, légale celle-ci : la violence économique et politique. La casse dans les rues de Grèce, aussi impressionnante soit-elle, n’est pas à la mesure de la casse sociale menée au nom du marché.
Un minimum de recul permet de comprendre que ce sont les puissants qui tremblent et écartent toute remise en question du système qui reviendrait à celle de leurs privilèges. La population, quant à elle, a tout à y gagner. Mais nourrie d’une propagande omniprésente, craignant la répression ou la perte de ses repères, elle accepte bien souvent la passivité et la résignation. En reprenant leur destin en main, les Grecs ont réinventé la démocratie. A quand un réveil chez nous ?

Franz Tofer

Lire aussi :
  1. « L’arme du policier est magique. Il tire en l’air et ça va droit dans le coeur » (sur les circonstances de la mort d’Alexis Grigoropoulos)
  2. Pompier pyromane (sur la réaction du gouvernement grec)
  3. Des scandales à répétition (sur les "affaires" en Grèce)
  4. "Z", un film à revoir

[1Voir la chronologie des événements pour le mois de décembre 2008 et pour le début du mois de janvier 2009 (en italien).

[2Témoignages audio à écouter dans Là-bas, si j’y suis, 17, 18, 19 , 22 /12/2008

[3Selon un sondage paru le 15/12/08 dans le journal Kathimérini, 60% des personnes interrogées jugaient que les émeutes étaient l’expression d’une profonde crise sociale et non pas seulement des violences isolées orchestrées par une petite frange d’émeutiers. Voir lien direct (en anglais).

[4Ce qui explique le ressentiment existant encore et qui s’exprime de manière plus ou moins pacifique (manifestation le 17 novembre, attaque à la roquette contre l’ambassade des Etats-Unis).

[5L’exemple de l’occupation de l’École Polytechnique (Politechnion), évacuée par les chars le 17 novembre 1973, est restée dans la mémoire collective. Les événements du Politechnion ne furent pas seulement une révolte des étudiants. A leurs côtés, dans la rue se trouvaient des gens de toutes les conditions.

[6Voir cette video qui laisse songeuse sur les méthodes policières

[7Voir cette vidéo où la police oblige un immigré à se déshabiller entièrement lors d’un contrôle en rue.

[9Voir leur communiqué de presse (en anglais).

[10Pensons aux Spaak, Nothomb, Wathelet, Eyskens, Michel en Belgique ; aux Dassault, Debré et Sarkozy en France, aux Kennedy, Bush, Clinton aux USA...

[11Un autre slogan repris par les manifestants devant le Parlement : "Qu’est-ce que c’est ? De la merde !". Là-bas si j’y suis, op.cit.

[12RFI

[16Un autre exemple de mauvaise gestion reprochée au gouvernement : le coût exorbitant des Jeux Olympiques de 2004.

[18chiffre 2008 : source eurostat

[19Les dépenses liées à l’éducation représentent près de 3% du budget mensuel des ménages : chiffres officiels 2004 (en anglais).

[20En 2004, une étude estimait qu’un élève sur trois fréquentait une frontistirio 2h par jour pour plus de la moitié d’entre-eux.

[21Ekathimerini (en anglais).

[22Il serait plus correct de parler d’attaques sur les acquis des luttes antérieures.

[26RFI, il s’agit des fameux plans Hartz

[28contre le fameux "Pacte des générations"

[29Lire par exemple : A voix autre

[30Le 13 février et le 19 mars

[31Brève : La Libre Belgique

[32« Grèce : la contagion de la crise redoutée », AFP, Figaro.fr, 11/12/08 ; « Grèce : risque de contagion de la crise », lesoir.be, 11/12/08 ; « La contagion après de nouveaux incidents en Grèce ? », lexpress.fr, 11/12/08 ; « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude. La droite comme la gauche scrutent attentivement les évènements de Grèce », Le Monde, 13/12/08

[33L’utilisation du lexique médical n’est pas nouveau. « Il faut tenter de guérir le « corps social », pris de « fièvre populaire », excité par « les passions populaires », pour mettre fin à la « crise » et revenir à la « raison » », Mikaël Faujour, « La « langue dévastée » des grands médias », Collectif « Les mots sont importants », mai 2007

[35Voir la chronologie sur le site Non-fides

[36Alors que les témoins soulignent que l’ambiance dans les rues grecques n’a rien de chaotique. Lire "Il y aura un avant et un après", Basile Pévin, CQFD, janvier 2009 "C’est vrai qu’en arrivant à Athènes le 25 décembre, on fut surpris du décalage entre ce qu’on avait lu dans les journaux français [...] et l’ambiance paisible régnant dans les rues."

 


 

« L’arme du policier est magique. Il tire en l’air et ça va droit dans le coeur »
Sur le soulèvement populaire en Grèce /
lundi, 17 août 2009
/ Franz Tofer

Le 6 décembre 2008, dans le quartier d’Exarchia [1] à Athènes, un adolescent de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, était abattu par un policier. Celui-ci a affirmé avoir tiré des coups de semonce en l’air lors d’un accrochage avec un groupe de jeunes. La balle mortelle aurait dévié par ricochet avant de se loger en plein coeur.

Le policier, inculpé d’homicide volontaire et d’usage illégal de son arme de service, a été maintenu en détention provisoire par le juge d’instruction, de même que son collègue, inculpé de complicité [2].

Les premières conclusions de l’autopsie, effectuée par le médecin légiste désigné par la justice et un médecin mandaté par la famille, semblaient corroborer la version officielle. La balle qui a tué le jeune garçon "est un peu déformée ce qui démontre qu’elle a touché une surface dure" avant d’atteindre en pleine poitrine Alexis Grigoropoulos, tué sur le coup, ont indiqué des sources judiciaires et l’avocat des policiers [3].

Mais le 18 décembre, le journal Kathimerini citait une source anonyme selon laquelle les résultats semblaient « contredire les affirmations faites par le policier accusé de la mort du garçon ». Selon le journal, le policier aurait d’abord déclaré qu’il avait fait feu en tenant son arme au-dessus de sa tête. Les sources citées par Kathimerini, déclarent que « les résultats […] indiquent que l’officier a tiré en tenant son arme à angle droit par rapport à son corps, en direction du garçon, et non droit au-dessus de sa tête en tir d’avertissement, comme il l’avait déclaré » [4].

En outre, les témoins oculaires directs (résidents du quartier, passants etc.) déclarent qu’il n’y avait ni manifestation ni agitation d’aucune sorte dans le quartier ce jour-là. Ils affirment également que les policiers ont provoqué en les insultant un groupe de jeunes. Quand ceux-ci ont répondu, les policiers ont garé leur voiture, sont revenus au point où les jeunes étaient assis et trois coups de feu ont été tirés. Les témoins affirment également que le policier a visé le jeune garçon qui est tombé mort sur le trottoir [5].

Le meurtre et les circonstances douteuses dans lesquelles il a été perpétré ont provoqué la colère et l’indignation. La version policière a été immédiatement mise en doute par les manifestants au cri de : « L’arme du policier est magique. Il tire en l’air et ça va droit dans le coeur » [6] ou "Flics, porcs, assassins" [7].

Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’un membre de la police tue un adolescent. Les meurtres d’Issidoros Issidoropoulos, militant d’extrême gauche de 16 ans (1976), de Mikalis Kaltezas, militant anarchiste de 15 ans (1985) et de N. Temponeras (1991), avaient déjà provoqué de grandes vagues de contestation. Les méthodes ulta-violentes de la police grecque exaspèrent la population et suscitent régulièrement une opposition dure.

Franz Tofer

[1Quartier populaire du centre de la capitale, où vivent nombre d’étudiants, de jeunes et de libertaires.

[2AFP, 10/12/08. A noter que le ministre de l’ordre public et le chef de la police ont présenté leurs démissions au premier ministre Costas Caramanlis qui les a refusées.

[3AFP, 10/12/08

[7Là-bas si j’y suis, op.cit.

 


 

Des scandales à répétition
Sur le soulèvement populaire en Grèce /
mardi, 18 août 2009
/ Franz Tofer

L’affaire Siemens.

En juin 2008, un ancien cadre du PASOK (parti socialiste), au pouvoir de 1996 à 2004, a reconnu avoir reçu 420.000 euros de la part de Siemens, un peu avant les élections législatives de 2000. Il a affirmé avoir versé cet argent au parti, sans avoir mentionné sa provenance [1]. Le premier juillet 2008 s’ouvrait une information judiciaire contre X pour corruption et blanchiment. Outre cette affaire, le groupe allemand est accusé d’avoir corrompu à plusieurs reprises dans les années 2000 des personnalités politiques de Nouvelle Démocratie (parti conservateur) dans le but de décrocher des contrats commerciaux avec, notamment, l’opérateur grec de télécommunications OTE et à l’occasion de Jeux Olympiques, en août 2004 [2].

L’affaire du Mont Athos.

En septembre 2008, la presse grecque rendait compte d’une transaction immobilière suspecte entre l’Etat et le monastère de Vatopédiou [3], l’un des vingt monastères de la république monastique semi-autonome du Mont-Athos, dans le nord-est de la Grèce. Le scandale concerne la vente de bâtiments et de terrains publics à un prix très en-dessous de leur valeur, en échange de terrains boisés dans le nord du pays. Les contribuables ont perdu au moins 100 millions d’euros. L’affaire a abouti à la démission de Théodore Roussopoulos, ministre d’Etat, et de Georges Voulgarakis, ministre de la marine marchande, ainsi que du supérieur du monastère, l’higoumène [4] Ephraim.
Il faut ici souligner qu’il n’y a pas en Grèce de séparation entre l’Etat et l’Eglise. Cette dernière est le premier propriétaire immobilier du pays. « Les biens immobiliers de l’Église sont exemptés d’impôts, ils s’étendent sur tout le territoire et surtout sont gérés, échangés ou revendus sans aucun contrôle de l’État » [5].

Franz Tofer

[1« La classe politique grecque éclaboussée par le scandale Siemens », Transparence International France, 02/07/2008

[3Le patrimoine de ce monastère est estimé à plusieurs centaines de millions d’euros. Lire à ce propos « Les bonnes affaires du Mont Athos », Christostomos Bikatzik, Courrier International, 18/09/2008

[4Supérieur d’un monastère orthodoxe ou catholique de rite oriental.

[5Nikos Sifounakis, député européen du parti socialiste (PASOK), cité dans « Scandale immobilier à Athènes », lefigaro.fr, 16/09/2008

 


 

Pompier pyromane
Sur le soulèvement populaire en Grèce /
mercredi, 19 août 2009
/ Franz Tofer

Le 8 décembre, le premier ministre grec, Costas Caramanlis, s’engageait dans un message à la Nation retransmis par la télévision publique à mettre fin aux violences urbaines. « Les événements inacceptables et dangereux [...] ne peuvent pas et ne seront pas tolérés » déclarait-il [1], promettant une aide de l’Etat aux commerçants dont les magasins avaient été détériorés lors des manifestations.

Le discours gouvernemental, complaisamment relayé dans les médias, a essentiellement rendu compte des affrontements les plus violents et des pillages, grossissant le rôle des immigrés dans les émeutes, parlant de la colère des citoyens contre les « casseurs ». Les sondages réalisés dans la presse grecque indiquent pourtant qu’une majorité de la population soutient les manifestants, malgré la casse. Des témoins ont vu des commerçants chasser les policiers et des passants intervenir physiquement pour défendre les jeunes contre la police [2]. Les citoyens ont fait bloc contre la répression policière, se sont protégés mutuellement. Malgré cette solidarité, à la date du 4 janvier, 246 personnes avaient été arrêtées et 66 placées en détention préventive [3].

A la mi-décembre, face à l’ampleur de la protestation et aux sondages d’opinion défavorables [4], Costas Caramanlis a dû reconnaître au moins partiellement la responsabilité du gouvernement, promettant, tel un pompier pyromane, de combattre les problèmes que celui-ci a lui-même engendrés : "Des problèmes restés sans solution depuis longtemps déçoivent les jeunes gens - le manque de méritocratie [sic], la corruption dans la vie quotidienne, un sentiment d’injustice sociale. [...] Notre priorité absolue est de soutenir les personnes les plus affectées ", déclarait-il à son groupe parlementaire à la mi-décembre [5]. Il annonçait à la même occasion qu’aucune nouvelle taxe ne serait imposée en 2009 et que, au contraire, des réductions d’impôts entreraient en vigueur [6]. Il avertissait toutefois qu’une partie importante du budget de 2009 (12 milliards d’euros) serait consacré au remboursement de la dette, mettant ainsi en garde la population contre tout espoir excessif...

Le 7 janvier dernier, un mois après le meurtre de l’adolescent, le premier ministre a finalement procédé à un large remaniement ministériel [7], espérant de la sorte rehausser son image et calmer la colère populaire. Huit ténors de la majorité sont tombés, dont le très controversé ministre de l’économie et des finances, Georges Alogoskoufis. En place depuis 2004, il a été remplacé par un proche du Premier ministre, Yannis Papathanassiou, jusqu’alors secrétaire d’Etat à l’Economie. A noter également le retour d’Antonis Samaras, représentant de la droite nationaliste et ministre des affaires étrangères dans les années 1990, nommé à la culture.
Ce remaniement « apparaît décevant, manquant de souffle et de radicalité", a indiqué à l’AFP Yannis Mavris, directeur de l’Institut de sondages Public Issue [8]. La manoeuvre ressemble effectivement à un jet de poudre aux yeux : l’essentiel des ministres nommés avaient participé au précédent gouvernement... [9]

Franz Tofer

[2Le Monde diplomatique, janvier 2009, p.5.

[4Sondages qui rendent compte du "désir de changement de la politique économique", a déclaré à l’AFP Théo Livanios, responsable de l’Institut Opinion. Ainsi, selon un sondage publié le 15/12/08 par le journal Ethnos, 83,3% des Grecs se disaient mécontents de l’attitude du gouvernement depuis le début des troubles. Selon un autre sondage, paru dans Kathimérini à la même date, 69% des personnes interrogées estimaient que le gouvernement conservateur avait "plutôt mal géré" la crise. Seuls 20% d’entre elles jugeaient que Costas Caramanlis avait adopté "une position juste". Europe1

[6Ce qui ne risque pas d’apporter une solution au sous-financement de l’éducation, des retraites ou des allocations de chômage...

[7Départ des ministres de l’économie et des finances, des affaires étrangères, de la défense, de l’intérieur, de l’éducation, de la culture ainsi que le secrétaire d’Etat à l’ordre public.

 


 

"Z", un film à revoir
Sur le soulèvement populaire en Grèce /
jeudi, 20 août 2009
/ Gérard Craan

"On prévient l’apparition du mildiou en pulvérisant sur les vignes une préparation à base de sulfate de cuivre".

C’est la première phrase de "Z", du réalisateur d’origine grecque Costa-Gavras. Prononcée par un expert agronome, elle est reprise par le chef de la police, évoquant le mildiou "idéologique" et les oppositions multiples au pouvoir grec. Tel le risque de "contagion" évoqué par le gouvernement de Karamanlis, toute protestation était déjà une maladie. Et son infirmière attitrée, la maréchaussée.

Z nous démontre comment une réunion organisée par un mouvement pacifiste est sciemment perturbée par les auxiliaires d’extrême-droite de la police. Comment les représentants du mouvement sont suivis pour "leur propre sécurité". Comment les forces de l’ordre sont curieusement passives lorsqu’un député progressiste (Yves Montand), est molesté et finalement assassiné. Comment les manifestations de solidarité composées d’étudiants, de travailleurs, de quidams seront réprimées et attribuées, c’est évident, à des agents provocateurs de l’extérieur.

Un "petit juge", interprété par Jean-Louis Trintignant mènera l’instruction. Malgré les entraves de sa hiérarchie, les faux témoignages, les protections, il aboutira à l’inculpation des exécutants et des officiers de la gendarmerie. Si de procès il fut question, de condamnation des officiers, point. Seuls les exécutants furent condamnés à des peines mineures. "Le gouvernement va sauter, les extrémistes vont être balayés, les élections ça va être un raz de marée" s’exclame alors un député membre du mouvement oeuvrant pour le désarmement nucléaire. Ses prédictions se réalisent, l’exécutif démissionne, le pouvoir en place perd les élections suite à la pression du mouvement populaire. Le film en termine là, peu avant la naissance de la Dictature des Colonels en Grèce, instaurée en 1967. La révolte en Grèce en atteste : cette période n’a jamais été oubliée.

Gérard Craan

 


 

A mort les épiciers !
dimanche, 23 août 2009
/ Céline Delforge

Jusqu’à présent, le commerce de proximité était le seul échelon qui échappait à l’emprise de la grande distribution. GB/Carrefour est en voie de résoudre cette intolérable situation. Comme ils le disent eux-mêmes sur leur site « ce n’est plus le client qui vient vers le magasin, c’est le magasin qui va à sa rencontre ! ». De fait, les GB/Carrefour Express se multiplient dans nos quartiers comme des petits pains industriels.

Phénomène récent, le retour des clients vers les commerces de proximité ne pouvait pas échapper à l’appétit des multinationales. Alors qu’il y a quelques décennies, l’apparition des grandes surfaces avait dégommé la majorité des petits commerces, c’est aujourd’hui en envahissant le terrain des restes de ce secteur que la grande distribution entend donner le coup de grâce aux derniers commerçants indépendants. Il faut dire que là où le commerçant bleu-blanc-belge avait jeté l’éponge, des effrontés de toute origine avaient pris le relais.

Qu’est-ce qui différencie le GB/Carrefour Express d’une autre épicerie ?
 il s’agit de franchises qui ne peuvent écouler que de la marchandise fournie par Carrefour
 les franchisés sont de plus en plus souvent propriétaires de plusieurs magasins. On est donc loin du petit indépendant qui fait tourner son unique boutique
 le soutien commercial de Carrefour (emplacements, soutien marketing, promotions, aménagement du magasin avec éclairage étudié, enseigne qu’on peut difficilement ne pas voir, …)
 le franchisé doit remplir des objectifs commerciaux, il n’est pas là pour vivre de son activité commerciale mais bien pour maximiser le profit. S’il ne le fait pas, un concurrent plus « dynamique » de la même enseigne apparaîtra rapidement.

Ces nouvelles implantations mettent en danger le commerce de proximité indépendant et pas uniquement les épiceries. Les boulangeries et les librairies sont par exemple elles aussi directement touchées par cette concurrence féroce.

En effet les GB/Carrefour Express vendent les produits standard de la boulangerie (quelques viennoiseries, des pains) qui s’écoulent facilement et en masse. Là où la boulangerie proposera une gamme de produit plus large (gâteux divers et variés, nombreuses sortes de pains et viennoiseries, …). Si les clients ne fréquentent plus la boulangerie que pour ses produits spécialisés, il y a fort à parier qu’il n’y aura bientôt plus de boulangerie.

Les librairies figurent également au nombre des victimes. Ce n’est pas un secret, pour survivre, une librairie doit vendre autre chose que des journaux ou des cigarettes. Généralement, il s’agit de bonbons, boissons et produits de la Loterie nationale. Avec un GB/Carrefour express dans les parages, c’en est terminé : tous ces produits sont évidemment vendus moins chers là puisqu’il s’agit de produits d’appel. Et certains GB/Carrefour Express vendent déjà des jeux de la Loterie Nationale. Pour les libraires indépendants, cette nouvelle concurrence vient s’ajouter au phénomène de franchise déjà présent dans le secteur de la librairie (press shop, Relay). Si à l’avenir la presse ne devait plus être disponible que dans des librairies franchisées ou dans des GB/Carrefour Express vendant des journaux, le peu de diversité qui existe encore dans l’information ne tardera pas à disparaître. Il serait illusoire de penser qu’une revue ou un journal un peu confidentiel trouve à l’avenir des points de vente pour s’écouler. Ici aussi l’enjeu est donc de taille.

Il est vraisemblable qu’une fois les librairies, les épiceries et les boulangeries hors de ses pattes, GB/Carrefour express ne vendra pas tout produit standard qui se trouve dans d’autres types de commerces (développement de photos, fleurs, …) qui seront également touchés par le phénomène.

Enfin, il faut savoir que La Poste et GB/Carrefour ont développé un partenariat privilégié pour l’instauration de « points poste » avec le concept de rayons « ready to post » dans lesquels on peut trouver les produits les plus demandés (timbres, colis, …). Inutile de dire que les Express font partie du dispositif. Il s’agit encore d’un beau moyen d’obliger feu le citoyen qui fréquentait les bureaux de poste à se muer en consommateur de Carrefour.

Le risque de standardisation totale des produits de consommation et leur avatar, à savoir la disparition de tout produit non industriel, n’est pas la moindre des conséquences que nous fait courir le monopole de la grande distribution sur l’entièreté du commerce.

Cette industrialisation galopante et cette concentration de tous les circuits de distribution entre les mains de quelques multinationales pose évidemment la question de la diversité des modes d’approvisionnement, des produits et du choix du consommateur, si souvent mis en avant dans le même temps qu’on le conditionne à adopter des comportements d’achat dictés par la pub et … l’offre.

Le mode de consommation induit par cette infiltration de la grande distribution dans le commerce de proximité constitue un problème du point de vue environnemental et écologique.

Un argument déjà entendu en faveur de ces métastases de la grande distribution est que ces nouveaux commerces non indépendants de proximité étaient une bonne chose car ils permettent aux gens de faire leurs courses dans leur quartier sans utiliser de voiture. Cet argument tombe à l’eau si on admet que c’est le client qui a enclenché le retour vers le commerce de proximité et que s’il y avait moins de GB/Carrefour Express, il y aurait plus d’épiceries indépendantes. Mais surtout, si nous devions assister à la standardisation des produits disponibles dans nos quartiers, il nous faudra traverser la ville pour trouver le moindre magazine, un gâteau, …
De plus, GB/Carrefour express nous vend des produits industriels et suremballés, dans du plastique ça va de soi.
Enfin, les multinationales de la grande distribution, fortes de leur pouvoir en tant que filière principale pour écouler des marchandises, pressent les agriculteurs comme des citrons, achètent leur production à vil prix et adorent vendre des fruits et légumes pas du tout de saison. Le modèle d’agriculture qui est induit est celui de l’agriculture intensive aux pesticides. Et ce ne sont pas les quelques produits bio vendus dans certains Express bien choisis (l’offre étant ajustée au profil de chaque quartier…) qui dérogent à cette relation basée sur un rapport de force démesuré de l’acheteur intermédiaire sur le producteur.

Comment le simple fait de débarquer massivement dans les quartiers permet à GB/Carrefour de mettre les commerces indépendants à genoux ? C’est le résultat d’une exploitation multiple, parfois dans le respect de la légalité, parfois grâce à un flirt avec certaines règles.

Cette exploitation est à la fois

On le voit, loin de venir s’ajouter au tissu commercial existant, les GB/Carrefour express sont en train de balayer tout un modèle de commerce. Pourtant des actions peuvent être menées par le pouvoir politique afin de renverser cette tendance, même dans le cadre actuel de la joyeuse concurrence libre et non faussée. En soumettant ces nouveaux commerces à de stricts contrôles pour les forcer à respecter les règles en vigueur car c’est justement le flirt permanent entretenu avec les règles relatives aux jours et heures de fermeture des commerces, à l’occupation de l’espace public et, bien entendu, au droit du travail que nos charmantes multinationales peuvent se permettre d’entretenir une concurrence déloyale avec les petits commerçants indépendants. Des communes ont dépensé une folle énergie pour saquer les phone shops et les night shops, soutenues dans leur combat par le niveau fédéral. Pourquoi ne pas utiliser les mêmes outils avec les multinationales ? L’enjeu semble pourtant bien plus fondamental dans ce cas-ci.

Par ailleurs, là où de nombreuses épiceries indépendantes proposent parfois à prix d’or des produits de piètre qualité et ne sont pas non plus toujours au top avec le respect des lois sociales, les pouvoirs publics ont les moyens d’apporter du soutien, de l’aide et des conseils pour améliorer l’offre. On peut mettre entre les mains des petits commerçants indépendants un deal qui consiste à leur offrir un tel soutien et à mettre en relation ces petits commerçants avec des producteurs locaux. En contrepartie, ils devraient accepter de respecter strictement les lois régissant le travail, en sachant qu’ils feront l’objet de contrôles poussés. Faisons le vite, avant que Carrefour ne développe une gamme de franchises bio-industrielles pour capter les derniers consommateurs récalcitrants.

Le commerce indépendant de proximité ne peut trouver son salut que dans une offre alternative, en collaboration avec des producteurs qui ne veulent plus dépendre de la grande distribution pour écouler leur marchandise. Il s’agit d’un outil fondamental si on veut voir apparaître un circuit parallèle à celui des multinationales. La défense d’un tel modèle, qui reste à développer, répond à des impératifs sociaux, écologiques et touche à la question de l’autonomie alimentaire. Mais cela ne peut se faire si aucune action n’est menée pour empêcher le rouleau compresseur des multinationales de la grande distribution de sévir dans nos quartiers.

Céline Delforge

[1Convention Collective de Travail

[2Ce point mériterait d’être traité dans la plus large problématique des conditions de travail dans les franchises en général.

[3Ce qui n’a rien d’étonnant puisque des études ont mis en évidence que ce sont les enfants, les jeunes et les personnes à faible capital socio-culturel qui sont les plus manipulables par la publicité. De plus amples explications sur cette question sont disponibles dans cet article d’Arnaud Pêtre.

 


 

Hommage à Freddy
Témoignage /
jeudi, 27 août 2009
/ Gérard Craan

Comment, partant d’un Premier Mai s’annonçant politiquement décevant, en aboutir à redécouvrir les luttes sociales

J’étais aujourd’hui désappointé et déçu des diverses manifestations prévues à Bruxelles pour ce Primo Maggio. D’un côté, un Premier Mai de Lutte [1] où l’organisateur principal aux louables objectifs utimes, demeure ancré dans une analyse figée et de la société, et de sa constituante militante. De l’autre, un Premier mai des sans-papiers dont les initiateurs tiennent une analyse très pertinente mais évitent soigneusement de… revendiquer quoi que ce soit. Entre les deux, une Fédération Générale du Travail de Belgique qui préfère les concerts Place Rouppe [2] et se refuse à comprendre que l’époque est au combat contre le capitalisme et pour les travailleurs et pas aux concerts bourgeois bohèmes.


Dès lors, autant me balader à vélo sur les chemins de halage en tentant de rejoindre Charleroi. Peut être le Premier Mai y sera-t-il plus dur.


Et me voilà parti pour le Pays noir. Sitôt Hal dépassée, les alentours du canal deviennent plus sauvages et sont paradoxalement les troublants témoins d’une histoire et d’un présent ouvriers.

Je longe les anciennes installations des Forges de Clabecq où, signe des temps, un grutier y débarrasse de la ferraille en ce jour des travailleurs.

La veille, le patron de Duferco Clabecq [3] annonçait [4] un plan de réorganisation, officiellement sans licenciements secs mais avec des postes de travail en moins. On y croit, tiens.


Un peu plus loin, à Virginal, se profilent les papeteries Arjo-Wiggins


Elles aussi sont touchées par la crise et les travailleurs sont obligés [5] de croire à une reprise. Mais à quel coût ? Attiré par les alentours de Ronquières, où là aussi on préfère se délasser le Premier Mai [6]. Un peu par hasard finalement, musardant dans le pays à la recherche de côtes à gravir, je me retrouve à l’entrée d’Ittre, un pneu arrière crevé.



Et arrive Freddy. Pull troué de toute part, bleu de travail à la braguette ne fermant plus très bien, chaussettes noires dans des sandales usées du même ton. Il s’occupe sans doute à quelque bricole. Soixante-cinq ans, environ. Un peu rapetassé mais pas courbé sur lui-même, encore trapu. Avec un accent qu’on ne trouve que chez certains travailleurs de la région, un accent qui roule chaleureusement les "r", qu’on sent remonter du bas de la gorge jusqu’au palais. Il me propose de l’eau fraîche, me parle des cyclistes qui s’arrêtent souvent devant chez lui après la montée. La discussion s’amorce. La pause est salutaire.

 Je viens de Bruxelles et suis originaire de l’autre bout du Brabant, lui apprends-je. La géographie nous amène vite à évoquer sa région, aux confins du Brabant-Wallon.
- Là-bas à Ronquières c’est le Hainaut, me dit-il et Virginal est à la limite.
 Ah les papeteries… Les travailleurs ne rigolent pas pour l’instant. Je lui avoue suivre le dossier de loin.

Lui aussi. Je vais à chaque fois au conseil communal. Je ne suis pas sur les listes, hein. Et le problème avec les papeteries c’est qu’elles ne font que du papier autocopiant [7]. Maintenant qu’il y a les ordinateurs c’est dépassé et ils ne se sont pas adaptés.
 Et avec les Forges en déclin, c’est toute la région qui trinque.
  J’y ai travaillé aux Forges. Et je suis affilié FGTB depuis 1959. Chez les Métallos, hein
 J’y travaille à la FGTB, camarade.

Et de me confesser qu’il ne sait pas pour qui voter, que le PS, ça ne va pas. Après la Californie de José Happart, là. Deux jours de mission parlementaire pour prendre des vacances après. Et en Californie en plus. Il y a bien le PTB, hein, mais…

Que lui dire ?

 Ben à gauche il y a d’autres petites listes. Il n’y a pas que le PTB. La LCR est dans une alliance intéressante, par exemple. Et puis, il y a le frère de Roberto D’Orazio qui se présente aussi aux élections européennes sur la liste CAP D’Orazio.

Intéressé, Freddy va y réfléchir à ces petites listes. Satisfaits, on se donne du "camarade". Notre Premier Mai est sauvé.

Mon vélo, pas encore. On se serre la main. Il s’en va. Je m’attaque au remplacement de la chambre à air.

Retour 10 minutes plus tard.

  Tiens. Voilà une Jupiler. J’en buvais une, là devant les informations et je me suis dit que je pouvais bien te donner un rafraîchissement. Et ça donne de l’énergie. (court silence) Je suis déçu, j’ai regardé le Premier Mai, là. Di Rupo avec son nœud papillon. Et à Jodoigne avec Louis Michel. Rhôô lala. Nulle part on n’a chanté l’Internationale. Sauf à un endroit.
 A Liège ?, je tente.
 A Liège. Eh, je te donne une bière qui vient de là hein ! De la bière wallonne.
Je la dégoupille avec plaisir.

- Je vais regarder ça de plus près, les petites listes, c’est intéressant. Di Rupo, je n’y crois pas.
 Ben tiens, il a privatisé Belgacom
  Sans parler de la Sabena. Dans la région c’est Flahaut. Un gros cou celui-là avec un double menton. Il est partout. Ou bien Michel de Wolf, le sportif. Son affiche est toujours à côté de celle de Flahaut. Mais lui, il est quand même plus à gauche.



Et on a causé, comme ça, sans tenir compte du temps. Partageant la même aversion à l’égard des curés et porteurs de crucifix, ces vieilles ganaches ensoutanées, comme on dit à l’ULB. Parce qu’il y a étudié, à Bruxelles : commençant médecine, il a finalement opté pour la physique de la métallurgie. On se resserre la pince, une fois puis deux.

  Tu seras toujours le bienvenu me dit-il en guise d’au revoir.

  Je reviendrai.



PS :
Cher Freddy, je te transmettrai ces lignes dès que je repasse dans le coin. Je viendrai sans doute avec deux chopes, qui seront moins fraîches que les tiennes après 30 bornes à vélo. Mais c’est l’intention qui compte, comme on dit. C’est que j’ai deux choses à me faire pardonner, camarade.
D’abord, je dois t’avouer que je vote nul. Le moment n’était pas propice pour te le dire, ton casier de Jupiler y serait passé et je ne sais pas comment j’aurais évité de verser dans l’eau du canal sur le chemin du retour.
C’est que c’est dur d’expliquer sa position à quelqu’un qui a pu voir que le PS (ou plutôt le POB avait un sens) à un moment de son histoire. Rappelle-toi, nous avons aussi parlé de la grève contre la loi unique et tu as sûrement vécu une partie de la guerre scolaire et de la Question royale. Et le PC aussi avait du sens à cette époque.
Je voudrais te dire, camarade, que le suffrage universel nous a été confisqué. Que nous votons mais que nos élus appartiennent à une "élite", les guillemets s’imposent, qui sous couvert de beaux discours et de caresses dans le sens du poil a accepté le capitalisme depuis longtemps. Et en profite. Et que les petites listes n’ont pas beaucoup d’autre ambition que de symboliser un sursaut, un mouvement protestataire. Mais pas de renverser le pouvoir en place pour le socialisme. Voilà c’est très vite dit. Mais j’espère que nous aurons l’occasion d’en recauser un jour.
Mais, camarade, quel que soit ton choix, je ne peux que le respecter. Tant au fond de toi qu’à l’extérieur, tu as le cœur à gauche et tu continueras à te battre. Moi aussi je lutterai.
A bientôt.

Enfin, j’ai l’habitude de boire de la Maes. Mais ne t’en fais pas : la Jup’ me convient très bien aussi.

PPS : je lirai Jacques Monod, et Le hasard et la nécessité

[1http://www.premiermai.be/ Le Premier Mai de lutte se voulait en 2009 un défilé anticapitaliste, qui s’est ensuite transformé en rassemblement communiste. Entre plus de cinquante à cent cinquante militants y ont participé, dont des organisations iraniennes et turques.

[3Les Forges de Clabecq étaient détenues par la famille Dessy. En faillite en 1996, les travailleurs en refusent la fermeture tandis que la Région wallonne refusera d’y réinvestir. Un conflit très dur s’ensuivra durant plusieurs mois : grèves, manifestations réunissant des dizaines de milliers de personnes mais aussi abandon par la hiérarchie syndicale, procès judiciaire (sans condamnation) à rallonge contre les dirigeants de la délégation syndicale dont les plus connus sont Roberto D’Orazio et Silvio Marra. Les travailleurs obtiendront finalement gain de cause : l’usine sera reprise par le groupe Duferco (http://www.duferco.be/). La victoire aura néanmoins un goût amer parce qu’accompagnée de licenciements massifs.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Forges_de_Clabecq
http://www.crisp.be/catalogue/index.php?module=produit&prd_id=1267

[4Journal parlé de 19h de la Première radio le 30/04/2009

[5Un plan de licenciement du groupe papetier Arjo-Wiggins a généré des fermetures de sites belges en 2007, dont celui de Nivelles, toute proche de Ittre. Les actions syndicales menées à Nivelles et à Virginal furent également très rudes. Les ouvriers se mettent en grève et bloquent le site nivellois face au refus de la direction de révéler ses intentions économiques. La direction a immédiatement eu recours à la voie judiciaire (et n’obtiendra pas gain de cause). Depuis début 2009, le groupe Arjo a annoncé chercher un repreneur. Mais face au refus de diversifier les activités du site, les travailleurs jugent plutôt que les papeteries pourraient fermer.
http://communisme.wordpress.com/2007/01/13/nivelles-les-travailleurs-darjo-wiggins-menaces-dastreinte/ (sur base d’un article rtbf du 13/01/2007) et
http://www.actu24.be/article/regions/provincebrabantwallon/infosbw/arjo_wiggins__les_syndicats_tres_inquiets/264769.aspx

[6En l’occurrence une brocante http://www.braine-le-comte.be/news/marchepuces2009

[7Le papier autocopiant permet de reproduire en plusieurs exemplaires un même document afin de garder des exemplaires identiques. C’est donc une sorte de papier carbone modernisé.

 


 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Quand la meute des honnêtes gens fait la chasse... aux pauvres
dimanche, 30 août 2009
/ Franz Tofer

Au prétexte d’une fraude potentielle aux allocations, on a pu réentendre les ritournelles sur les "assistés fraudeurs". Parallèlement, la grande fraude fiscale, bien que portant sur des montants beaucoup plus importants, n’est que rarement poursuivie. Petite mise au point.

Le 12 mai dernier, le conseiller communal PS Jean-Pierre Van Gorp et le Juge de paix du premier canton de Shaerbeek, Éric Dierickx, faisaient une sortie remarquée dans plusieurs quotidiens. Ils y accusaient le CPAS de Schaerbeek d’organiser une fraude sociale en suggérant à leurs clients [1] de simuler une séparation afin de bénéficier d’aides majorées au taux isolé [2]. Une quinzaine de dossiers suspects ont ainsi été renvoyés par le Juge de paix à l’Auditorat du travail qui, après enquête, les a classés sans suite, estimant qu’aucune fraude sociale n’était établie [3]. La liste du bourgmestre (MR) a contesté l’accusation et dénoncé une manoeuvre électorale. Michel De Herde et Michel Milde [4] ont, entre autres arguments, souligné que les mécanismes de contrôle existent, fonctionnent et seront encore renforcés [5].

Ouf ! Nous voilà rassurés, nos pauvres sont bien surveillés. Car ces gens-là, ils ont la magouille dans la peau, c’est bien connu. Le discours, abject et largement répandu, selon lequel il faut empêcher les « assistés » de « profiter » du système [6] sous-tend une large politique de répression sociale : chasse aux chômeurs, chasse aux sans-papiers, chasse aux mariages blancs... Et en cas de triche, les sanctions peuvent être très lourdes : amendes, obligation de remboursement, compte bancaire bloqué [7] voire même peine de prison [8].

Le discours est abject car il nie la responsabilité première du système – capitaliste – dans lequel ces personnes évoluent, système inégalitaire par essence puisqu’il organise la précarité du plus grand nombre afin de garantir l’enrichissement d’une minorité. Au nom du profit, de la rentabilité, des milliers de personnes sont privées de travail chaque année. Alors qu’elles ont cotisé et cotisent encore à la sécurité sociale, alimentant et participant ainsi au système, elles se retrouvent affligées de l’étiquette d’ « assistées » ; alors qu’elles sont victimes de violence économique, elles sont obligées de se soumettre à des contrôles et de prouver leur bonne foi ; alors que la Constitution et des lois nationales et internationales garantissent le droit à la vie privée et l’inviolabilité du domicile, elles ne peuvent se dérober aux enquêtes sociales souvent très intrusives.

Sans vouloir encourager la fraude, faut-il s’étonner que des gens vivant avec bien moins de 1000 euros par mois [9] puissent tenter de contourner les règles pour vivre plus dignement ? De la même façon, est-il surprenant que certains travailleurs sociaux, partagés entre leur rôle d’aide et de contrôle et confrontés à des situations douloureuses et inextricables, donnent, le cas échéant, des conseils bien modestes au regard de ceux prodigués par les comptables et les conseillers fiscaux aux chefs d’entreprise ?

A contrario, n’est-il pas indécent de se fixer comme priorité politique le contrôle des chômeurs et des personnes émergeant du CPAS lorsqu’on sait que le montant d’insertion est inférieur au seuil de pauvreté défini par la Commission européenne ? [10] N’est-il pas préoccupant que les médias majoritaires relaient si complaisamment les discours officiels, trop heureux d’y trouver du croustillant (« le CPAS pousse à la fraude » [11]) et du sentationnel (« une fraude sociale massive », « ampleur de cette fraude présumée » [12] - rappelons que l’on parle d’une quinzaine de dossiers, finalement classés sans suite...) ?

Le contrôle des précaires est particulièrement choquant au regard de la quasi-impunité dont jouit la véritable fraude, celle qui se compte en milliards d’euros. Alors que la « réforme » fiscale du ministre des Finances Didier Reynders favorise déjà largement les entreprises [13] et les hauts revenus (au détriment des travailleurs actifs et des allocataires sociaux et mettant en péril le budget de l’État), l’administration du Service Public Fédéral des Finances semble être savamment désorganisée : le manque chronique de personnel démotive les contrôleurs qui « sont persuadés qu’il y a du sabotage qui vient du sommet. [...] Nous n’arrivons pas à nous attaquer à la véritable fraude fiscale. » selon l’aveu-même d’un des patrons du SPF-Finances [14].
Par ailleurs, de même que le contrôle des précaires est facilité depuis janvier 2006 par la connexion des CPAS à la Banque Carrefour de la Sécurité sociale (BCSS, réseau d’échanges de données) [15], le SPF-Finances s’est équipé d’une base de données centrale, le « datawarehouse », sauf que... après trois ans de travail et un investissement de 15 millions d’euros, le programme n’est opérationnel qu’à 20% ! Et encore, pas correctement [16].

Ce déficit de personnel et de moyens entraine un faible pourcentage de contrôles (en moyenne, selon le SPF-Finances, 7% des déclarations fiscales sont contrôlées [17]) et, surtout, conduit les contrôleurs à examiner préférentiellement les petits dossiers, plus faciles et rapides à traiter, à défaut de pouvoir s’attaquer à la fraude de haut vol. Autrement dit, les entreprises et les hauts revenus, déjà outrancièrement favorisés par le système, profitent également de la politique fiscale et de la désorganisation de l’administration des Finances.

Rappelons que la fraude fiscale coûte environ 30 milliards d’euros par an à l’État [18], autant d’argent en moins pour les services à la collectivité et d’intérêt général. Pour autant, et malgré quelques coups d’éclat bien médiatisés, elle ne constitue visiblement pas une priorité politique, bien au contraire. Dès lors, confronté à ce manque de rentrées, l’État emprunte, s’enfonce dans la dette publique, impose l’austérité budgétaire, coupe dans les budgets sociaux et criminalise la pauvreté. Et au final, ce sont les plus fragiles, les salariés et les fameux « assistés » qui sont tenus de mettre la main au (maigre) porte-monnaie.

Prière de tendre l’autre joue SVP.

Franz Tofer

[1Puisqu’il s’agit du terme utilisé

[4respectivement échevin ayant tutelle sur le CPAS (MR) et chef de file MR des conseillers de CPAS

[6Le mythe selon lequel les plus faibles, ceux qui bénéficient des allocations de chômage ou d’insertion sociale, sont en fait des profiteurs qui utilisent le système d’indemnisation à leur profit, dépasse le cadre des conversations de café. Ainsi, Ronald Reagan, connu pour les anecdotes qu’il narrait et parfois créait pour illustrer ses discours politiques, racontait celle de cette femme, la « fraudeuse de Chicago ». Reine de la fraude sociale, elle aurait utilisé 80 noms différents, 30 adresses et 12 cartes de sécurité sociale. Avec les revenus qu’elle aurait ainsi engrangés, elle se serait acheté une Cadillac. Cette histoire était une pure invention. Plus récemment, lors de la dernière campagne présidentielle en France, Nicolas Sarkozy évoquait un citoyen français qui avait refusé 67 fois une offre d’emploi en un an sans qu’il y ait sanction. Information démentie par l’ANPE. Voir « La démocratie des Moi », Arte – documentaire, 03/08/09

[9Catégorie 1 : personne habitant avec 1 ou 2 personnes : 474,37 euros par mois. Catégorie 2 : personne isolée : 711,56 euros. Catégorie 3 : personne vivant exclusivement avec une famille à sa charge : 948,74 euros. Source : SPP Intégration sociale, circulaire 2008-09-01

[11La Nouvelle Gazette, 16/05/09

[12Le Soir, 12/05/09

[13Citons les fameux « intérêts notionnels », qui permettent de faire aux entreprises des cadeaux fiscaux d’environ 2,4 à 3 milliards d’euros par an : Mouvement 15 Décembre : « Des intérêts notionnels pour les entreprises ou des mesures réelles pour le pouvoir d’achat ? », 24/07/09

 


 

Hommage à Gerda Taro
jeudi, 3 septembre 2009
/ Gisèle Fraupont

Avant d’être écrivain, François Maspero est connu pour la librairie qu’il tenait dans les années soixante, au cœur du Quartier Latin, et qui offrait à la lecture-parfois en cachette- toutes les révolutions intellectuelles, politiques et sociales de l’époque. Peu après avoir ouvert sa librairie, il fondait sa propre maison d’édition, réputée pour son engagement : s’y côtoyaient Frantz Fanon, Jean-Pierre Vernant, Alain Badiou...

 Devenu écrivain sur le tard, ce n’est donc pas une surprise si Maspero consacre son dernier roman à Gerda Taro, morte au front pendant la Guerre civile espagnole. Figure de l’ombre, trop souvent réduite à la compagne de Robert Capa (l’un des fondateurs de l’agence Magnum), Gerda Taro fut pourtant l’une des premières femmes reporters. Maspero comble les failles en faisant revivre son fantôme : son roman commence par l’interview imaginaire de Gerda, devenue vieille dame. On sent à travers ce portait passionné toute l’admiration que voue Maspero non seulement à Gerda, mais aussi à Capa.

 "Je crois que tout homme qui lit la vie d’André -telle, il est vrai, que lui-même s’est plu à la raconter- devrait être pris d’une nostalgie irrésistible à l’idée qu’il n’est pas Robert Capa. Et que toute femme, pensant à celle de Gerta, devrait aussi ressentir parfois l’envie, même infinitésimale, d’être Gerda Taro. Ou du moins aimerais-je -comme d’autres, je l’espère- que toute femme ait quelque chose d’elle."

 André, c’est André Friedmann, futur Robert Capa. Gerta, c’est Gerta Pohorylle, future Gerda Taro. Il est hongrois, elle est allemande, tous deux sont des juifs en exil dans la France des années 30. Ces deux-là ont le coup de foudre lorsqu’ils se rencontrent, en 1934. Photographe, André initie Gerta au Leica, invention récente qui vient bouleverser le journalisme. Tous deux de gauche, ils se lancent alors dans le photo-reportage et collaborent à des journaux communistes tels que Ce Soir (dirigé par Aragon) ou Regards. Robert Capa est la création collective des deux amants : l’anecdote veut qu’ils aient inventé ce personnage, américain, riche et célèbre afin de vendre à meilleur prix... les photos d’André. Gerta se met rapidement à signer ses photos du même pseudo, ce qui crée la confusion : on ne sait dire avec exactitude quel cliché appartient à qui. Cependant, elle signe sous son propre pseudo dès 1936 : Gerda Taro.

 La plume de Maspero nous donne l’image d’une femme pétillante de jeunesse, séductrice et séduisante, n’ayant pas peur du risque. C’est armée de son appareil photo qu’elle monte au front avec les républicains, en pleine Guerre civile espagnole. La "pequeña rubia" ne craint rien. Au point que, alors que les franquistes créent la débandade dans le camp républicain, elle se dresse en travers du chemin des soldats en fuite pour les exhorter à retourner au combat.
C’est dans cette circonstance que la jeune femme, âgée de 27 ans, est blessée à mort. André Friedmann, alias Robert Capa, ne s’en remettra jamais. Lui aussi mourra l’appareil en bandoulière, en 1954, en Indochine. Ce que partagent Gerda Taro, Capa mais aussi des photographes comme Kati Horna ou Tina Modotti, c’est la conviction qu’une photo peut changer le cours des choses. C’est cette leçon d’engagement que nous transmet avec ferveur François Maspero.

"L’ombre d’une photographe, Gerda Taro", de François Maspero paru aux éditions du Seuil, 2006

Gisèle Fraupont

 


 

L’éthique contre la crise
Les maux des mots : l’éthique /
samedi, 5 septembre 2009
/ Christine Oisel

20 juillet 2009, veille de la fête nationale. Comme le veut la tradition, le roi s’adresse aux Belges sur les ondes nationales du pays. Entre autres sujets, Albert II évoque bien sûr la crise, ses causes et ses remèdes.

Dans son discours, « le roi n’épargne pas le monde financier » et il « ne mâche pas ses mots », prévient la RTBF [1] : « La crise a été en bonne partie causée par l’absence d’éthique. [...] Il me parait donc important de plaider pour le développement d’une éthique dans le domaine économique et financier. Celle-ci doit évidemment s’accompagner d’une mise au point de certaines règles et normes pour le contrôle des intermédiaires et des produits financiers. Ces contrôles devront être non seulement renforcés mais internationalisés. » [2].

Le plaidoyer pour plus d’éthique n’est pas nouveau : il rejoint un discours communément exprimé ces derniers temps par nombre de politiques, penseurs et journalistes. Il faut moraliser, humaniser le capitalisme nous dit-on. Le pape Benoit XVI lançait dernièrement un appel vibrant en ce sens [3]. Et cette semaine, les ministres des finances des pays de l’UE se déclaraient pour une limitation des bonus. L’éthique a le vent en poupe. Depuis quelques années, les références à l’éthique se multiplient d’ailleurs dans différents domaines de la société : politique (la bonne gouvernance), sportif, médical (la bioéthique), publicitaire,... Mais que faut-il comprendre par « plus d’éthique », notamment dans le secteur des finances et de l’économie ? Qu’implique – et que n’implique pas – cette préoccupation largement partagée et a priori fort sympathique (qui peut être contre plus d’éthique) ?

L’éthique [4] est d’abord une discipline philosophique [5] : science de la morale, elle se fonde sur la distinction entre le bien et le mal et concerne le comportement moral ou amoral d’un individu ou d’un groupe d’individus. Les philosophes ont largement débattu, sans se mettre d’accord, sur la distinction entre éthique et morale. Dans l’usage commun, les adjectifs tendent à se confondre.

Ethique des affaires : des principes plutôt que des lois

Dans le domaine économique, l’éthique des affaires apparait aux Etats-Unis dans les années 1970 avec les premières chartes éthiques [6] ou codes de bonne conduite. [7] Ces chartes éthiques n’ont pas plus de valeur juridique qu’un engagement moral. Contrairement aux règles de droit, elles ne sont pas contraignantes, leur application n’est assurée que par la bonne volonté des entreprises. Leur violation n’entraine pas de sanction.

« Dans les années 1980, ces chartes se sont multipliées à la faveur du désengagement de l’Etat dans les domaines de la législation du travail, de la règlementation des flux financiers et de la protection sociale. » Un mouvement qui « avait été prôné par les institutions financières internationales [...] » [8].
En d’autres termes le recours à l’éthique, dont l’application est soumise au consentement libre des entreprises, tend à se substituer aux règles du droit. On assiste donc à une mise à l’écart du droit, ce qui est évidemment hautement préoccupant pour les travailleurs qui risquent de ne plus disposer à terme de recours légal face à leurs patrons.

Dans les années 1990, les codes éthiques continuent à se développer et à s’internationaliser [9] au rythme battant de la mondialisation, notamment sous la pression d’ONG et de syndicats [10]. En 1989, le Groupe d’action financière international (GAFI) est créé à l’initiative de la France. Le GAFI émet des recommandations éthiques afin d’assurer la transparence, la lisibilité et traçabilité des mouvements financiers ; il publie également une liste noire des sociétés-écrans et des paradis fiscaux [11]. Des centres de recherches en éthique économique et des affaires fleurissent un peu partout, notamment au sein des universités.

Dans les années 2000, les scandales financiers impliquant de grandes entreprises [12] soulèvent l’indignation et agitent les médias. Ces affaires obligent les Gouvernements à émettre certaines lois de régulation (loi Sarbanes-Oxley votée en 2002 aux Etats-Unis , loi sur la sécurité financière votée en 2003 en France...) afin d’apaiser les critiques plus ou moins radicales émanant, notamment, des milieux altermondialistes.

Mais le mouvement général continue de privilégier le principe moral (non-contraignant) à la loi. Ainsi, en 2004, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adopte la résolution 1392 sur l’éthique d’entreprise en Europe. Sa lecture est très instructive : « Etant donné son impact potentiellement nuisible pour l’économie, la récente série de scandales dans certaines entreprises aux Etats-Unis et en Europe exige une réaction des pouvoirs publics comme des instances réglementaires. Ces scandales reflètent un climat marqué par une éthique d’entreprise insuffisante, ce qui risque de saper la confiance dans le système économique tout entier. [...] Pour remédier à une telle dégradation de l’éthique d’entreprise, il faudra non seulement introduire un changement législatif, mais aussi apporter une réponse plus large au niveau de la culture d’entreprise. Certaines des réformes législatives récentes introduites aux Etats-Unis, en particulier concernant les cabinets de vérification des comptes, pourraient être utilisées comme cadre de départ et devraient être complétées par une approche européenne fondée davantage sur des principes que sur le droit, et reposant sur une supervision et un système de lignes directrices à suivre. » [13].

En 2004 toujours, la Confédération Mondiale du Travail publiait une étude sur 239 codes éthiques révélant que « pas plus d’un tiers des codes examinés ne fait référence à des normes internationales du travail, en termes généraux ou en citant des principes d’une convention ou d’une recommandation spécifique de l’Organisation Internationales du Travail » [14].

L’éthique, un paravent doré ?

Cela fait maintenant près de quarante ans que que la notion d’éthique a envahi le domaine de l’entreprise et des finances. Mais les principes de l’éthique se heurtent aux principes de concurrence et de maximisation des profits. Les objectifs du marché et de l’éthique sont proprement incompatibles. Et on voit où l’on en est... Les « restructurations », « réorganisations », « délocalisations » pleuvent de partout, entrainant la suppression de milliers d’emplois et la précarisation des travailleurs. Dans le même temps, le désinvestissement massif de l’Etat dans les domaines sociaux, et de manière générale, de service public, a contribué à une régression sociale massive.

En réalité, le marché tire profit de l’éthique. De la part des entreprises, la référence à l’éthique permet de soigner une image, une réputation et de s’attirer les faveurs des consommateurs, des partenaires ou des pouvoirs politiques, tout en assumant une responsabilité légale limitée. [15]

A un moment où « la crise » illustre et renforce la pertinence des critiques remettant en cause le modèle économique dominant, la multiplication du recours à l’éthique semble donc répondre à deux objectifs : d’une part, faire diversion face aux inquiétudes de « l’opinion publique », confrontée quotidiennement aux effets socialement et écologiquement destructeurs du système, en détournant son attention du terrain économique (on interroge la responsabilité d’un système) vers le terrain moral (on interroge un comportement individuel). D’autre part, poursuivre le désengagement programmé de l’Etat (et plus généralement de l’intérêt public) de la sphère économique.

Christine Oisel

[4Etymo. : emprunt savant d’abord comme substantif (v.1265) au latin impérial ethica « morale » (en tant que partie de la philosophie), lui-même emprunt du grec êthikon, neutre substantivé de êthikos « qui concerne les moeurs, morale ». Comme adjectif (1553), le mot est emprunté au latin ethicus « qui concerne les moeurs, moral », également emrunt au grec êthikos. Le terme grec est un dérivé de êthos « manière d’être habituelle, caractère » et « moeurs », mot conservé en grec moderne. Source : Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1992

[6dont la "Charte de bonne conduite à destination des entreprises multinationales" mise au point par les Nations Unies que l’on peut considérer comme l’ancêtre des codes de déontologie et chartes éthiques.

[7Pour avoir une idée du contenu de ces chartes aujourd’hui, lire par exemple http://www.strategies.fr/emploi-formation/management/r44830W/a-chaque-entreprise-sa-charte-ethique.html

[8Jean-Renaud SEBA, article « Ethique », in Les nouveaux mots du pouvoir, sous la direction de Pascal Durand, [sd], pp.192-197.

[10Espérant ainsi pouvoir contrebalancer la carence en régulation par les Etats, notamment en matière de législation du travail. Citons, par exemple, la Clean Clothes Campaign - Campagne pour desVêtements Propres lancée en 1998 en Europe

[12Enron, Worldcom...

[14« La responsabilité sociale des entreprises et les codes de conduite », Confédération Mondiale du Travail, Bruxelles, 2004, cité in Les nouveaux mots du pouvoir, op.cit.

[15Le recours à l’éthique a aussi des implications dans le domaine de la gestion des ressources humaines. De plus en plus d’entreprises imposent aux travailleurs des séminaires relatifs à l’éthique. Certaines exigent même que les travailleurs signent un document indiquant qu’ils respecteront les règles de bonne conduite de leur entreprise. Il Le discours « managérial » s’attache quant à lui à lier de manière très vicieuse l’épanouissement du travailleur à la valorisation de son travail. S’il est performant (donc flexible mais également en harmonie avec la culture de son entreprise et capable d’auto-discipline) c’est bon pour lui, bon pour son entreprise. S’il ne l’est pas, cela nuit à son développement personnel et fait du tord à l’entreprise. Lire à ce propos : Éric Desmons, « L’éthique des affaires et le nouvel esprit du capitalisme », in L’Humanité, 06/12/2008

 


 

Premiers éléments de critique des médias
A travers la presse déchaînée /
lundi, 7 septembre 2009
/ Gérard Craan

Des "unes" racoleuses aux photos scandaleuses, des titres accrocheurs aux mots menteurs. Trop souvent, les médias nous donnent de l’émotion et du grand spectacle, tronquent l’information et ignorent délibérément des sujets capitaux. En réaction, la critique des médias est devenue un outil indispensable à l’indépendance d’esprit. Voici quelques exemples récents des travers de la presse francophone.

1. Le choix de l’importance : où placer le sujet pour en diminuer sa valeur ?

18 octobre 2007. La "Une" de Libération, journal historiquement de gauche et actuellement de droite [1]. Celle-ci est consacrée au divorce de Nicolas Sarkozy et de Cécilia Cingaler-Albéniz [2]. Affaire purement privée, il s’agit néanmoins du premier président français en exercice à se séparer de son conjoint. Sociétalement, cela pourrait mériter l’attention. Politiquement et économiquement c’est… vide. Le même jour, huit syndicats français mobilisent leur troupes (300.000 manifestants en France, grèves majoritairement suivies dans les services publics [3]) contre la volonté du gouvernement de couper dans les retraites des agents des services publics.

D’un côté les cinq premières pages consacrées à une affaire privée, reflet de la "pipolisation" ; de l’autre, une journée d’actions qui concerne directement 1,1 million de fonctionnaires [4] ramenée au statut des chiens écrasés. On peut qualifier ces sujets peu importants d’information de diversion, dont une illustration caricaturale se trouve plus bas.

Une du Nieuwsblad du 16 juin 2009 : les tatouages non désirés de Kimberly

2. Le choix des titres : comment influencer le lecteur en quelques secondes ?

Les titres des articles, leurs intertitres, les chapeaux [5] constituent un élément fondamental de l’orientation du lecteur.

C’est ce que l’œil accroche en premier [6]. Ce sont donc les parties les plus lues d’un journal, sur internet ou sur papier. Bien souvent, la lecture d’un article s’arrête déjà à son titre. Mais à ne lire que les gros titres, l’information en est souvent complètement faussée. C’est ainsi que, sans honte, Vers l’Avenir et la Libre Belgique [7] titraient le 28/08 :

Vers l’Avenir - Une - 2009-08-28

Quelques lignes plus loin on découvrait que la Fédération des Entreprises de Belgique souhaite entre autres mesures : réduire fortement les effectifs de la fonction publique, restreindre fortement les droits à la pension, attaquer l’indexation des salaires, poursuivre ou maintenir la diminution des cotisations sociales des entreprises, etc. La Libre Belgique ne revient pas une seule fois aux éléments du titre et l’on peut tout au plus découvrir, presque par hasard, une ligne dans Vers l’Avenir affirmant que l’organisation patronale "va se battre pour créer de l’emploi et faire en sorte qu’il y ait autant de croissance possible"
Fallait-il impérativement laisser l’attaché de presse de la FEB déterminer le titre de l’article en ajoutant ces quelques mots en gras dans le communiqué de presse ? Poser la question c’est y répondre.

3. Le choix des mots : la guerre c’est la paix [8]

A propos de croissance précisément, les médias dominants évoquent depuis plusieurs mois, la "reprise économique" sur base "d’indicateurs positifs", essentiellement la remontée des cours de bourse. Ainsi, cette dépêche, reprise par la RTBF, cite au mois de mars le président de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet. Il évoque la "proximité du moment" avec la reprise mais note que la croissance sera négative (sic) en 2009.

Reprise, croissance, croissance négative ? Est-ce à dire que le nombre de demandeurs d’emploi va diminuer, le niveau des salaires et des allocations augmenter ou au moins ne plus diminuer ? Pour Rudy Thomaes, administrateur–délégué de la FEB, le lien était automatique : croissance=emploi. Bien entendu, ces mots ne sont qu’illusion. Ils servent à masquer, sous couvert de service collectif, les volontés des chefs d’entreprise. Ce n’est pas tant la création d’emploi que la survie de leur entreprise et de leur profit qui leur importent [9].

Le poids des mots choisis par les puissants est tel que, bien souvent, la seule possibilité consiste à les adapter à la sauce contestataire. L’organisation syndicale française, la CGT annonce par exemple attendre la "vraie reprise" [10]. La reprise qui lave plus blanc, en somme. Ou encore ce communiqué de presse de la FGTB réclamant un "retour sur investissement" pour les travailleurs, en l’occurrence de la création d’emploi [11].

De leur côté, les journalistes reprennent le vocabulaire dominant sans sourciller, voire le renforcent [12].

4. Le choix de l’angle : comment changer de sujet ?

Une grève ? Le pourquoi n’est pas la priorité du Soir en cette journée d’octobre 2008. C’est plutôt le "comment" qui l’interpelle. Autrement dit : si je vais travailler, la SNCB sera-t-elle en grève ou non ? Le journaliste, Bernard Demonty promet, dans le chapeau de son article, le détail des perturbations liées à la grève prévue le lendemain. Il faut attendre l’avant-dernier paragraphe pour comprendre que les organisations syndicales luttent pour une amélioration du "pouvoir d’achat". Peu importe l’origine des protestations, ce qui compte c’est le spectacle de la grève. Le titre aurait déjà dû nous éclairer : "Des grèves dans tout le pays". A l’opposé, et bien qu’issu du site internet d’un parti politique, un autre article nous procure un éclairage direct sur cette journée d’action : pouvoir d’achat, ras-le-bol de la crise communautaire, volontés de régionalisation des leviers de solidarité [13].
En substance, le lecteur du Soir comprendra qu’il doit prendre toutes ses dispositions pour se préparer à la paralysie du pays et aller au boulot le lendemain, tandis que le lecteur alternatif pourrait s’identifier aux revendications des manifestants et des grévistes.

5. Le choix de la distance : comment négliger la chronologie ?

Peu avant les élections d’août 2009 en Afghanistan, l’affolement était général. Chaque attentat ou action des talibans faisaient craindre une élection ratée. Sitôt passé le jour du scrutin, Le Soir se réjouissait de ce que : "En dépit de quelques attaques, mais sans grand attentat, les élections présidentielle et provinciales ont remporté un franc succès dans un Afghanistan aux prises avec la guérilla talibane" [14].

Des nouvelles optimistes, donc. Une prise de distance, quelques clics vers Wikipédia font aussitôt relativiser. L’invasion occidentale de l’Afghanistan remonte à 2001. Huit ans déjà. Objectifs selon wikipédia : "Le but de l’invasion était de capturer Oussama Ben Laden, détruire l’organisation Al Qaïda, et renverser le régime taliban qui soutenait Al Qaïda".
Bien que très partielle [15], cette description suffit pour constater que les objectifs ne sont pas atteints. A la lecture du Soir, on notera avec surprise que : "La démocratie [est] élue haut la main". Dans un pays en guerre depuis 1979 ?
En quelques semaines, les médias ont donc transformé un pays dévasté, incontrôlé en un Etat en marche vers la démocratie grâce à des élections dont on attend toujours le résultat.

6. En conclusion toute provisoire

On le voit à travers ces exemples récents, la presse à grand tirage est peu encline à diffuser correctement une information de qualité. Et ce n’est qu’un des aspects de la critique des médias : télévision et radio ne sont pas en reste [16], les médias sont pour la plupart contrôlés par des groupes financiers aux finalités basées uniquement sur le profit ; la publicité, pourvoyeuse de fonds impose ses critères ; les exigences d’audimat poussent les médias vers la facilité : sexisme, faits divers, humour vaseux, politiquement correct, etc [17].

La critique des médias remet en cause la fiabilité de ceux-ci comme source d’information. Elle assume donc deux rôles complémentaires : d’une part critiquer, lorsqu’il y a lieu, l’information relayée par la presse écrite, la radio, la télévision ou encore internet, et d’autre part proposer une information alternative et indépendante.

Appliquée au quotidien, la critique des médias consiste à se laisser le moins possible influencer par une photo inutile mais accrocheuse de la jambe brisée de Wasilewski ; par un titre choc annonçant la bonne volonté patronale ; par un angle évoquant le coût de la grève pour l’économie belge ; par des mots insidieux transformant toute protestation en "grogne" ; par des tournures de phrase assimilant arabe et islamisme ; par des sujets trop souvent ignorés (au mieux) ou biaisé (au pire) tels la guerre civile en Somalie, le taux de pauvreté, l’action policière etcaetera, etcaetera, etcaetera. Dès lors on recherchera, parfois avec peine, une autre information, avec d’autres mots, d’autres sujets, d’autres analyses, d’autres journalistes. Information que l’on ne manquera pas non plus de critiquer, de vérifier, de compléter. Et c’est entre autres pour donner un autre ton, une autre info, que se lance JIM [18]. S’ils nous donnent des jeux, nous leur rendrons des pains.

Gérard Craan

[1Lire entre autres : « Libération, de Sartre à Rothschild » http://www.acrimed.org/article2205.html

[2Page une que l’on peut revoir ici http://www.telleestmatele.com/article-13164556.html. Un article plus détaillé est disponible sur le site d’Acrimed http://www.acrimed.org/article2742.html

[4Soit, en France, une personne en âge de travailler sur 25. Voir ici.

[5Ce qu’en langage journalistique on appelle la titraille

[6Comme le montre une étude (document en pdf) sur le comportement des lecteurs de journaux

[8A noter que JIM reviendra régulièrement sur l’influence des mots via sa chronique Les maux des mots, consacrée dans ce numéro zéro à l’éthique

[9Reprenons par exemple les pensées de l’économiste John Kenneth Galbraith : (…) la poursuite de la croissance s’identifie aux objectifs de la technostructure et de l’appareil de direction de la grande entreprise moderne (…) de but de l’entreprise, la croissance est promue au rang d’objectif social pour la collectivité John Kenneth Galbraith/Nicole Salinger. Tout savoir ou presque sur l’économie, Seuil (éd.), 1978, p.169

[11Pour la FGTB, c’est le travailleur qui est le premier investisseur du pays. A ce titre, il a des droits, dont celui d’exiger un retour sur les "investissements" consentis. Extrait du communique de presse de la FGTB du 20 avril 2009 www.FGTB.be

[12Les journalistes férus de figure de style, par les mots qu’ils choisissent, rendront humain le capitalisme : la croissance s’essouffle, le marché se contracte, la bourse broie du noir, les entreprises luttent pour leur survie, etc. etc. etc. Face à cela, le chômage n’est plus que statistiques, chiffres mensuels, trimestriels, semestriels, tout au plus un indicateur boursier, assenés sans réflexion aucune. Déshumanisé en fait. Pour cet aspect, consultez par exemple les dépêches suivantes :
 sur le site de Libération
 sur le site du Figaro
 sur le site de RTL
 sur le site de RFI
 sur le site d’Europe 1
 sur le site de Trends Tendance

[14Consulter cet article dans les archives du Soir ici

[15Avant-même le début de l’invasion, des journaux comme Le Monde Diplomatiqueprésentaient et analysaient les raisons géopolitiques, entre autres vis des projets de gazoduc, d’un assaut contre l’Afghanistan

[16Les titres du journal télévisé de 19h30 du 29 août évoquaient dans l’ordre : le grand prix de F1 à Francorchamps organisé un an sur deux, l’octroi de congés exceptionnels à des membres du personnel d’un opérateur téléphonique, la danse pour le climat, les funérailles de Ted Kennedy et enfin... la chronique des vacances

[17D’autres articles suivront sur ces questions.

[18Dont la charte est évocatrice.

 


 

Edito Zéro
Le JIM ? Qu’est-ce que c’est que ca ?
jeudi, 10 septembre 2009
/ Chris B.

Le JIM, c’est le Journal Indépendant et Militant dont vous pouvez découvrir le numéro 0 sur ce site depuis le 16 août.

Jim n°0 - EDITO ZERO
Jim n°0 - EDITO ZERO

Journal

Parce que le comité de rédaction construit un numéro complet à partir d’articles qu’il sélectionne. Les articles sont alors publiés régulièrement pendant tout le mois sur le site.
Mais malgré un rythme (pour l’instant) mensuel, nous voulons aussi répercuter une certaine actualité : ce sont les brèves, le plus souvent consacrées à l’actualité des luttes sociales et l’agenda des événements.

Indépendant

Non seulement, JIM est financièrement indépendant [1], mais il entend également garder son indépendance politique et philosophique : de part la diversité des points de vues et courants représentés au sein de ses membres, JIM ne sera jamais l’organe d’un parti ou d’un courant de pensée.

Militant

Comme vous pouvez le lire dans notre charte, JIM est un journal engagé. Il se veut un outil de contre-propagande accessible à tou(te)s. C’est pourquoi nous nous efforcerons de publier des analyses d’événements d’actualité (par exemple dans ce numéro 0, nous avons repris les articles de Franz Tofer sur les événements de décembre-janvier en Grèce [2]) pour les replacer dans leur contexte et fournir une grille de lecture différente de celle que l’on trouve d’ordinaire dans les médias.

Des médias dont nous ferons régulièrement la critique (voir dans ce numéro, l’article de Gérard Craan : Premiers éléments de critique des médias) afin de démonter le discours dominant propagé par ceux-ci.

Nous nous attaquerons à ce discours au travers d’articles traitant de certains points (comme par exemple l’article Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! de Franz Tofer sur les fraudes aux allocations) ; mais aussi au travers de notre chronique rubrique 5 qui analysera ce mois-ci l’usage fait du mot "éthique".

Au-delà des mots, nous chercherons aussi à comprendre (et faire comprendre) comment le système capitaliste utilise l’exploitation économique (lire dans ce numéro l’article de Céline Delforge : A mort les épiciers ! sur la destruction du commerce de proximité par les multinationales), la répression et la technologie pour asseoir sa domination quels qu’en soient les coûts humains ou environnementaux.

Mais si JIM se veut être un outil d’analyse et de compréhension du monde, il entend aussi, en tant que journal militant, être présent sur le terrain [3], aux côtés de ceux qui luttent.

Nous voulons également parler de culture, que ce soit par des comptes-rendus (voir Hommage à Gerda Taro de Gisèle Fraupont) ou en conjonction avec d’autres articles (par exemple "Z", un film à revoir de Gérard Craan en rapport avec les événements en Grèce).

Partager les témoignages des "simples gens" nous tient également à coeur. Ainsi, vous pourrez lire la rencontre de Gérard Craan avec Freddy, un ancien des Forges de Clabecq, le 1er mai dernier.

L’objectif de ce numéro est de vous donner un aperçu, bien qu’incomplet, de ce qu’est le JIM.

Dans quelques jours, vous pourrez découvrir le premier article de notre numéro 1 qui aura pour thème la violence légale.

Et si le projet vous plaît et que vous avez envie de nous rejoindre, n’hésitez surtout pas à nous contacter.

Merci à Céline, Christine, Ode, Gisèle, Franz et Gérard pour la réalisation de ce numéro 0.

Très bonne lecture.

Chris pour l’équipe de JIM.

[1il est actuellement entièrement financé par ses membres.

[2dans la rubrique rubrique 1, qui sera consacrée aux diverses luttes sociales.

[3sans oublier le terrain de l’humour !